Retrouvez Keren et Nathan dans le tome 1 de Sublutetia, La Révolte de Hutan, aux éditions Didier Jeunesse.

Sortie le 19 octobre 2011


Vive le feuilleton !

Le mot « feuilleton » a connu des fortunes diverses au cours du temps. Et si je me permets d’en parler, c’est parce que Sublutetia était justement, au tout départ, un roman-feuilleton.
Qu’il s’agisse de littérature ou de télévision, « feuilleton », pour beaucoup de gens, évoque une œuvre de qualité inférieure, née d’intérêts strictement commerciaux et certainement pas artistiques. Et de fait, à la télévision, les « feuilletons » des années 70 ou 80, voire 90, ne brillaient généralement pas pour la richesse de leur scénario, de leur interprétation, ou l’originalité de la mise en scène. Quant aux « romans-feuilletons », on les imaginait volontiers paraître dans des revues pour jeunes filles esseulées.
Aujourd’hui, le terme de « feuilleton » a pratiquement disparu du vocabulaire des télévores. On ne parle plus que de « série TV », voire de « série » tout court. Or, il y a encore 20 ans, une distinction implicite se faisait dans l’esprit des spectateurs : un feuilleton était une œuvre segmentée, dont chaque épisode racontait un fragment d’un ensemble plus vaste, le tout étant évidemment « à suivre » ; une série, en revanche, était composée d’épisodes indépendants les uns des autres, autonomes, et il était possible d’en manquer un ou plusieurs sans être perdu au moment de la reprise. Le paradoxe, c’est que ce nous appelons la plupart du temps « séries », aujourd’hui, sont en réalité des feuilletons au sens que nous venons de donner. Même si des séries fonctionnent encore à base d’épisodes indépendants, la plupart de celles qui nous viennent des USA ont un fil rouge qui tient en haleine d’un épisode à un autre, laissant souvent le spectateur sur un grand moment de frustration au moment du générique de fin. Pourquoi le mot « feuilleton » a-t-il disparu, alors ? Peut-être parce qu'en France, il était à ce point synonyme de mauvaise qualité que l’on a fini par le mettre aux oubliettes, histoire de rendre justice à la qualité d’œuvres télévisuelles nouvelles qui, de l’avis général, dépassent parfois le cinéma. Et pourtant, 24, Boardwalk Empire, The Wire, etc, sont bien des feuilletons dans son sens premier.

En littérature, il ne faut surtout pas oublier que des œuvres importantes ont vu le jour sous la forme de feuilleton : Balzac, Alexandre Dumas, Charles Dickens ont été de grands feuilletonistes et personne ne songerait aujourd’hui à leur chercher des noises ! Le roman-feuilleton, dès ses origines cependant, a été mal considéré, et les auteurs susnommés en ont fait les frais en leur temps. On a accusé le roman-feuilleton de tous les maux. On lui a reproché, en particulier, « d’aliéner la raison par l’imagination », et d’être globalement mal « composé ou écrit de par sa conception en tronçons ». Sans parler, bien entendu, du procès pour racolage, dans la mesure où chaque publication est supposée tenir le lecteur dans une position d'attente, avec un suspense obligatoire. Le fait est que le roman-feuilleton s’inscrivait, presque par définition, dans des genres populaires (roman d'aventures, en particulier). Et pour certains critiques, il n’y avait guère de noblesse dans de tels genres. Tant pis pour eux !
A titre personnel, non seulement la littérature populaire est celle que j’ai le plus dévorée, mais en plus, elle me semble avoir accouché de nombreux chefs-d’œuvre, ne serait-ce que pour la fertilité des intrigues. Et quoi que j’y fasse, je serai toujours davantage conquis par une histoire originale écrite de manière, disons, « utilitaire », que par un beau style posé sur du vide. Ces quinze dernières années, j’ai découvert quelques magnifiques romans-feuilletons, comme ceux de Gustave Le Rouge ou Eugène Sue. Certes passés de mode, ils ne m’en ont pas moins indéniablement inspiré pour l’écriture de Sublutetia.

Sublutetia : La révolte de Hutan a été pensé comme un feuilleton et initialement publié sur un blog assez confidentiel, avec un « cliffhanger » (le terme français serait « rebondissement », mais il rend moins bien compte du caractère addictif de ces "chutes intermédiaires") à chaque livraison. Cette livraison ne correspondait pas forcément à un chapitre entier, mais à un certain nombre de pages. C’était, pour moi, une manière de m’assurer du rythme de l’ensemble – sans préjuger de sa qualité, bien sûr. Avec la suite de Sublutetia, je me suis à nouveau mis dans la peau d’un feuilletoniste, et ce pour une raison supplémentaire. Dans la mesure où ce nouveau tome était, cette fois, attendu par mon éditrice, je ne pouvais me résoudre à l’idée de lui livrer 500 pages et de m’entendre dire « Non, ça ne va pas du tout ». En lui faisant découvrir par bribes, j’ai pu être rassuré, au fur et à mesure de l’écriture, sur la direction que je prenais.
Bien sûr, le feuilleton comporte ses propres dangers : pour le tome 1, bien souvent, je me suis retrouvé coincé avec des soucis d’incohérence (« Zut, pourquoi j’ai écrit ça il y a deux jours ? Je fais quoi, moi, maintenant ? »). J’avais dû revenir sur ce que j’avais écrit précédemment, non sans en informer mes aimables lecteurs (qui, à l’époque, se limitaient à mes amis, ma famille, et une poignée d’inconnus). La situation s’est reproduite avec le tome 2, qui m’a obligé à quelques retours en arrière… et ce n’est pas forcément fini. Mais bien sûr, puisque tout cela se fait, cette fois, dans le secret, j'ai moins l'impression de... tricher.
Quoi qu’il en soit, vive le feuilleton !

Publié par Eric le 08-02-2012
Rangé dans : Écriture et idées en l'air

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Vieilles machines et nouvelles technologies

Il n’y a pas très longtemps, un mien cousin m’avait fait remarquer, à juste titre, le « refus de la technologie récente » dans Sublutetia. Il est vrai qu’on n’y croise pas de téléphones mobiles, que les appareils photos n’y font pas long feu, qu’Internet y est à peine évoqué. Le paradoxe, c’est que dans le « civil », si j’ose dire, j’écris précisément sur ces sujets, à longueur d’année, dans le cadre de mon activité journalistique. Il ne s’agit donc pas d’un manque d’intérêt – ou de connaissances – de ma part. En vérité, je trouve la technologie actuelle profondément… inesthétique, et peu ou pas du tout pittoresque (dans le sens premier du mot « digne d’être peint »). Il y a deux ans environ, j’avais participé à une interview du peintre Jansem, pour un blog auquel je collaborais. Même si mon rôle avait surtout consisté à tenir la caméra, j’avais néanmoins pu glisser cette question : « peindriez-vous des objets technologiques modernes ? ». M. Jansem m’avait alors désigné un ventilateur qui trainait dans un coin de son atelier, pour me répondre : « Mais bien sûr ! Regardez ce ventilateur : je l’ai déjà peint dans plusieurs tableaux ». Sa réponse semblait aller dans le sens inverse de mon intuition, mais en réalité, elle apportait de l’eau à mon moulin : son ventilateur devait avoir 50 ans au bas mot, tout en bakélite et en métal chromé. C’était sans doute sa conception des « nouvelles technologies » : le fait est qu’il n’y a ni écran plasma, ni lecteur CD, ni iPhone, ni PS3 dans ses tableaux. Les objets en question ne sont pas forcément laids, du reste : l’art du design est passé par là. Il y a de beaux écrans de télévisions, de beaux téléphones portables… Mais pour en revenir à mon point de départ, toute cette technologie moderne , du point de vue du roman, ne me paraît pas très propice au rêve, et n’est pas non plus très excitante à décrire.
Pour commencer, sur le strict plan de la mauvaise foi, la technologie actuelle rend tout trop facile pour les personnages… ou trop compliqué pour l’auteur ! Il y a deux nuits, j’ai revu un épisode de Columbo des années 70 (les jeunes connaissent-ils encore Columbo ?) où toute l’affaire aurait pu être réglée en deux minutes si la « présentation du numéro », qui permet de savoir quel correspondant nous appelle, avait existé. Pas simple, après, d’inventer une intrigue qui tienne debout sans qu’un gadget électronique vienne tout simplifier… et gâcher.
Mais surtout – et ceci n’engage que moi, j’en ai bien conscience – il me semble que les objets électroniques modernes ne sont pas porteurs de poésie, à l’inverse des vieilles machines comme celles que l’on peut voir au Conservatoire des Arts et Métiers, et auxquelles j’ai tâché de rendre hommage dans Sublutetia. Poulies, câbles, cuivre, engrenages, soupapes, vapeur, air comprimé : la technologie du XIXème et du début du XXème siècle avait un aspect artisanal, rempli de charme(s). Les machines étaient pareilles à des sculptures animées, les matières utilisées nobles et chaleureuses, bien loin du plastique moulé d'aujourd'hui. On y sentait, encore, la patte de celui qui les avait imaginées. L'homme semble si loin avec des machines impliquant des technologies microscopiques !

Et au fait : avez-vous remarqué comme on ne parle presque plus jamais d’ « inventeurs » ? Il y a des scientifiques, des chercheurs… mais où sont donc passés les « inventeurs », ces espèces d’apprenti-sorciers qui accouchaient de créations fabuleuses dans le secret de leur atelier ? Ils existent toujours, mais on les entend, sans doute, un peu moins.Dommage, car l'image d'un atelier sombre, un peu sale et en pagaille, avouez que ça a un tout autre pouvoir d'évocation qu'un laboratoire pareil à une clinique.
Un auteur comme moi, porté sur l'imaginaire et les aventures "à l'ancienne", se sent forcément plus proche d'un vieux ventilateur que d'un iPhone quand il écrit (même si j'aurais du mal à m'en passer le reste du temps). On agence des petits bouts d'intrigue, façonnés chacun dans leur coin, on huile la mécanique, et on espère que tout va "rouler"... au sens strict.
Il n’y aura pas davantage de technologie actuelle dans le prochain tome de Sublutetia ; en revanche, les inventions d’antan, celles qui marchent à coups de manivelle et de ressorts, auront encore la part belle.

Publié par Eric le 23-12-2011
Rangé dans : Autour du roman : secrets et anecdotes

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Sublutetia, Tome 2 : au bonheur des titres

Il n’aura échappé à personne que Sublutetia : La Révolte de Hutan portait la mention « Tome 1 ». Et si vous en êtes venu à bout, vous aurez également remarqué que le nom du tome 2 est déjà annoncé en fin de volume : Le dernier secret de Maître Houdin. J’ai une ou deux petites choses à dire à ce sujet.

La première va de soi : ce deuxième tome, à la différence du premier, mettra en scène un personnage qui a vraiment existé. Bien sûr, on retrouvera Keren et Nathan, mais leur histoire s’entremêlera avec celle d’une figure quasi-historique : l’illusionniste Jean-Eugène Robert-Houdin, père de la « magie moderne ». Dans ce tome 2, on parlera donc de prestidigitation, d’illusions, mais aussi de sciences puisque non content d’être un magicien de génie, M. Robert-Houdin était un inventeur, pionnier aussi bien en optique qu’en électricité. Sans trop en dire, le roman (que je viens de finir d’écrire, ce en quoi j’ai été récompensé par une bronchite) fera de nombreux retours dans le passé pour nous en apprendre davantage sur ce fameux « dernier secret », et sur la manière dont il se rattache à l’histoire de Sublutetia. Que vous dire d’autre, si ce n’est que ce tome 2 sera plus épais, et qu’il ne se cantonnera plus aux souterrains ? Ah, mais si, bien sûr…

Immédiatement après avoir validé le nom de ce deuxième tome (j’ai toujours été calamiteux en titres, et c’est à Michèle, mon éditrice, que revient la trouvaille), un doute m’est venu : était-il correct ? Je ne dis pas « bon », mais bien « correct ». En effet, contrairement à ce que l’on croit d’ordinaire, Robert-Houdin est un nom de famille (vous aurez remarqué le tiret), et non pas un prénom et un nom. C’est vrai, Robert-Houdin s’appelait parfois lui-même « Houdin » (il s’agit, en réalité, du nom de famille de sa première femme qu’il avait accolé au sien). Mais qu’en diront les exégètes du grand magicien ? Me pardonneront-ils cette familiarité ? Faudra-t-il changer le titre ? Tout cela me renvoie à deux grands traumatismes de mon enfance. Pas de panique : ceux qui me connaissent ont fini par comprendre que quand je parle de « traumatisme », je me réfère en général à un quelconque souvenir de lecture, de cinéma ou de télévision qui a pu bouleverser deux ou trois soirées de mon enfance. Et c’est bien ce dont il s’agit ici.
Le premier de ces « traumatismes », donc, concerne Star Wars. Etant né en 1973, j’ai vu la première trilogie à peu près à l’époque de sa sortie. « A peu près », car j’ai commencé en réalité par L’Empire Contre Attaque en 1980, vu quelques semaines après une reprise de La Guerre des Etoiles (sorti initialement 3 ans plus tôt), et enfin Le Retour du Jedi en 1983. Seulement, durant les trois années qui ont séparé le deuxième et le troisième épisode, il s’est passé quelque chose de terrible. Pendant une période, alors que les fans – dont j’étais, dont je ne suis plus – trépignaient, le film s’est appelé La Revanche du Jedi. Il y a eu des T-shirts, des articles, des publicités portant ce titre… Et puis, peu avant la sortie du film, George Lucas a décidé de transformer la « revanche » en « retour ». Voilà qui donnait un caractère parfaitement irréel à tout ce qui avait précédé : c’est comme s’il y avait eu un autre film, jamais sorti, coincé dans les limbes. Il n’en fallait pas plus pour rendre temporairement fou un jeune garçon qui n’a pas d’autres sujets de contrariété.
Dans le même ordre d’idée, mon deuxième « traumatisme » est lié à James Bond. Une coutume consistait, pendant longtemps, à annoncer le titre du prochain film à l’issue du générique de fin : « James Bond will return in… ». A la fin de L’Espion qui m’aimait, on pouvait lire « James Bond will return in For Your Eyes Only » (James Bond sera de retour dans Rien que pour vos yeux). Or, le film qui a suivi L’Espion qui m’aimait, c’était en fait Moonraker, Rien que pour vos yeux devant sortir encore après (il y a une raison à cela, bien sûr, mais je vous laisse la chercher). A une époque où il n’y avait pas Internet pour tout savoir sur tout, cette inversion m’avait copieusement perturbé.

Le tome 2 de Sublutetia sortira-t-il donc sous le titre annoncé, ou sous une légère variante ? Cela, vous le saurez dans… moins d’un an.

Publié par Eric le 06-12-2011
Rangé dans : Sublutetia 2

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Dédicaces et questions (presque) existentielles

Comme j’ai été naïf, dans mes jeunes années, de penser que le travail de l’écrivain consistait à écrire son livre à la flamme d’une bougie, et à envoyer les pages à son éditeur ! Le fait est qu’à la lumière de l’aventure Sublutetia, j’ai pu me rendre compte que de nombreuses étapes, parfois invisibles pour le grand public, jalonnaient la vie d’un livre… et donc de son auteur. Parmi celles-ci, il y a les séances de dédicaces ; et ces dernières débuteront pour moi dans une quinzaine de jours.
Je dois bien confesser être quelque peu surexcité à cette idée, au moins autant que pour la sortie du livre. J’ignore si ce sentiment est partagé par tous les auteurs, mais peu de choses me semblent plus importantes qu’un échange avec les lecteurs, qu’ils soient professionnels (critiques, représentants ou libraires : des gens intimidants parce qu’ils ont une connaissance infaillible du secteur) ou amateurs. Or, grâce à ces séances de dédicaces, ce sont ces derniers que je vais enfin pouvoir rencontrer, et j’ai bien entendu grand hâte. Reste que je me pose encore deux questions.
La première concerne le choix du stylo. Avec quoi vais-je signer ? Je possède un très beau stylo-plume fétiche offert par mon père, avec lequel je mets un point d’honneur à signer toutes les choses importantes (desquelles j’exclus définitivement les chèques). Mais l’expérience m’a montré qu’il n’était pas très pratique pour écrire rapidement un petit mot. Un stylo bille ? Pas assez classe, et je suis snob. Un feutre ? Oui, à condition que l’encre sèche vite : il faudra absolument faire un test avant, car ayant tendance à laisser ma main traîner comme une patte morte sur ce que je viens d’écrire, l’effet « étalement » n’est jamais bien loin. Je mourrais de honte si je rendais un exemplaire taché à un futur lecteur !

La seconde question est une variation autour de l’angoisse de la feuille blanche : que marquer, dans la mesure où je tiens à personnaliser le « petit mot » un minimum ? J’espère que les lecteurs qui viendront me voir ne seront pas trop pressés, et que je pourrai parler un peu avec eux avant d’écrire quoi que ce soit. D’ailleurs, petit aparté. Je me rappelle un épisode de la série Seinfeld où celui-ci (il y joue à peu de choses près son propre rôle) se rend dans une cafétéria ; entre un café et un hamburger, la patronne lui demande de signer une photo. Et alors que Seinfeld devrait faire preuve d’esprit, comme dans ses sketches sur scène, il griffonne un piteux « nothing’s finer than being in your diner » (« Il n’y a rien de mieux que d’être dans votre restau », la version originale jouant, pour sauver les meubles, sur la proximité phonique entre « finer » et « diner »). L’amie de Seinfeld lui fait remarquer que sa dédicace est non seulement stupide mais aussi embarrassante, et qu’elle sera exposée pendant des années dans le restaurant dans toute sa flamboyante nullité. Paniqué, Seinfeld essaie par tous les moyens de récupérer la photo, mais s’humilie encore davantage au passage. Ce que j’espère, le moment venu, ne pas vivre le « syndrome Seinfeld » !

Mais au fait ! Il s’agirait peut-être que je vous donne les dates. Les voici :

- Le 26 Novembre au Cultura de Dijon, centre commercial de la Toison d’Or.
- Le 2 au soir, et 4 et 5 décembre au matin, au salon du Livre jeunesse de Montreuil
- Le 3 décembre au festival de Rouen du livre de jeunesse
- Le 10 décembre à la librairie Arthur de Nogent-sur-Marne
- Le 17 décembre à la librairie Arthur… du Raincy !

Je vous y attends de pied ferme, et j’ai encore deux semaines pour trouver le stylo idoine…

Publié par Eric le 14-11-2011
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Fleuves et lacs souterrains

Des lacs sous Paris ? Durant leurs aventures, Keren et Nathan sont amenés à découvrir des cours d’eau, et même un lac, qui se cachent sous Paris, bien loin de la surface. Tout cela a-t-il le moindre fondement, ou n’est-ce que pure imagination ? Il y a, en réalité, un peu des deux.
L’idée d’un lac souterrain n’est pas neuve, puisqu’elle est déjà abondamment exploitée dans le roman Le Fantôme de l’opéra de Gaston Leroux. Son héros se déplace dans une barque, sur une rivière souterraine qui se jette dans un lac situé juste sous l’Opéra Garnier. Le cinéma a immortalisé cette image pour le meilleur et souvent pour le pire. En réalité, il n’y a jamais eu de lac sous l’Opéra Garnier, mais une immense cuve en béton, construite en même temps que l’édifice et effectivement remplie d’eau, qui sert à assurer la rigidité de certaines parties. Quant à la rivière, appelée la Grange-Batelière, elle existe… A ceci près qu’elle ne passe pas sous l’Opéra Garnier, mais sous le magasin du Printemps, un petit peu plus loin. La rue qui porte son nom permet de localiser approximativement son emplacement réel. Il faut noter que c’est cette rivière qui, du temps de Lutèce, fournissait l’une des deux sources d’eau potable de la ville, l’autre étant la Bièvre (également devenue souterraine sur sa partie parisienne !).
Toutefois, l’idée du lac souterrain de Sublutetia m’est surtout venue à la lecture d’un livre de Georges Verpraet appelé Paris, capitale souterraine. Un livre qui n’est certainement plus très à jour (encore que : les souterrains de Paris ont moins changé que la surface !), écrit dans le style docte et sérieux de mise dans les années 60 (1964 pour être précis). Cet ouvrage faisait l’inventaire de toutes les ressources souterraines de Paris sur un mode très enthousiaste, et évoquait en particulier un fait assez extraordinaire. La Maison de Radio France, ce gigantesque bâtiment depuis lequel émettent les grandes chaines nationales, est chauffé depuis sa construction par une nappe d’eau chaude de taille impressionnante. La nappe est à une température à peu près constante de 27°C, et permet non seulement de chauffer l’ensemble du bâtiment, mais aussi, l’été venu, de le refroidir (magie de la thermodynamique !). En toute honnêteté, j’ignore si cette nappe ressemble à un lac : peut-être est-elle coincée entre deux roches ? Mais peu importe : la seule idée qu’une grande étendue d’eau chaude se trouve sous Paris m’a suffi pour imaginer le lac de Sublutetia (ceux qui ont lu le livre se rappelleront sans doute que Keren, quand elle y trempe la main la première fois, est étonnée par sa tiédeur).
En conclusion, y a-t-il vraiment des rivières souterraines à Paris ? Oui ! Et de grandes étendues d’eau chaude ? Aussi ! Les deux n’interagissent peut-être pas comme dans le roman, mais c’est là que l’on peut rêver un peu…

Publié par Eric le 02-11-2011
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