Retrouvez Keren et Nathan dans le tome 1 de Sublutetia, La Révolte de Hutan, aux éditions Didier Jeunesse.

Sortie le 19 octobre 2011


Un mystère, un indice

Il y a une petite année, je suis passé devant l'endroit que vous voyez en photo ci-dessous, et je me suis dit "Oh, quelle belle sortie secrète cela ferait pour Sublutetia !". C'est chose faite : j'ai utilisé ce lieu dans le tome 2. Où est-ce ? Ce sera la surprise ! Mais certains auront peut-être reconnu le site.

Publié par Eric le 27-04-2012
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"Devenir" auteur...

Sublutetia : La Révolte de Hutan est sorti depuis déjà six mois. Et pourtant, voilà seulement quelques semaines que, quand quelqu’un qui ne me connaît pas me demande ce que je fais dans la vie, je réponds « auteur jeunesse ». Et j’ai bien sûr cherché à comprendre ce qui avait pu changer dans mon quotidien pour que je franchisse mentalement le pas.
Quand on travaille pour la presse - comme je le fais toujours - on peut se dire journaliste. Quand on travaille dans une pharmacie, on est pharmacien. On répare des voitures ? On est mécanicien. Rien d’ambigu, rien de compliqué : on pratique une activité reconnue par tous, sans que cela nécessite le moindre jugement extérieur. Mais auteur ? Quand devient-on auteur ? Quand on a écrit quelque chose ? Pour soi-même, cela peut faire sens. Mais le problème réside, au fond, dans l’image que les autres ont de nous. Peu importe qu’on se pense auteur : peut-on afficher ce statut en société ? Une solution radicale pourrait être d’affirmer : on est auteur quand on vit de ce que l’on écrit. Mais nombreux sont les écrivains (et les artistes, en général) qui ne vivent pas de leurs écrits. De fait, il me semble y avoir deux étapes de « validation » supplémentaires pour accéder au statut d’auteur. La première, c’est l’étape de l’édition. Quand un professionnel décide de vous publier, il y a un grand pas d’accompli. C’est une marque de reconnaissance, la confirmation d’un travail, d’une certaine direction. Une épreuve peut-être pas suffisante, mais indispensable, parce qu’elle fait de nous, en quelque sorte, un professionnel au sens strict du mot. Toutefois, étant de nature particulièrement tordue, il me restait encore un peu de chemin à faire.
A mon sens, L’ultime forme de vérification, c’est de se sentir considéré comme un auteur par des personnes qui sont hors du circuit de la création du livre, et qui ne sont pas, pour couronner le tout, des proches ; en clair, qui ne travaillent pas pour la maison d’édition, et qui ne sont ni des amis, ni la famille (et puis, en ce qui me concerne, toute l’équipe de ma maison d’édition est désormais une famille en soi pour moi). Entre la journée du livre à Asnières et l’Escale du livre à Bordeaux, où j’ai été reçu, traité, considéré (voire récompensé) comme un auteur aussi bien par le public que par des professionnels du livre, me voilà désormais capable de dire sans hésitation à quelqu’un qui me poserait la question « Je suis auteur jeunesse ». Je le suis non pas parce que je pense l’être, mais parce que les autres le pensent.
Il va sans dire que tout cela n’a strictement aucun rapport avec la qualité de l’œuvre produite. J’ai toujours pensé qu’être un mauvais artiste n’empêchait nullement d’être un artiste. On peut être un mauvais auteur et être auteur quand même. Pas de date de péremption une fois la dernière étape accomplie : peu importe si l’on sombre dans l’oubli. On devient alors, tout bêtement, un « auteur oublié », mais on n’en reste pas moins un auteur (sans doute très triste et amer : je n’ai même pas envie d’y penser).
Que dire, enfin, de ces auteurs qui n’ont été publiés qu’à titre posthume ? Qui n’ont connu ni la joie d’être édités, ni la griserie de rencontrer un public ? Et bien, ils n’étaient pas des auteurs de leur vivant, voilà le cruel paradoxe. Je suppose qu’il en va de même avec tous les métiers artistiques que l’on pratique en solitaire.
Sans nulle démagogie, je crois que c’est ma rencontre avec des scolaires, il y a dix jours, qui a apporté la touche finale à ma métamorphose. S’ils passent par ici un jour, qu’ils sachent qu’ils ont éclairé un joli week-end de début de printemps, mais aussi tous les jours de ma vie à venir.

Publié par Eric le 10-04-2012
Rangé dans : Écriture et idées en l'air

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Signatures : Direction Orléans

Voilà une habitude que j'aurais été bien inspiré de prendre plus tôt ! Je vous informe donc de ma présence à la librairie Passion Culture, à Orléans, samedi 17 mars à partir de 15h.

Au passage, je vous invite vivement à faire un tour sur le site de la librairie, vraiment superbe.

Publié par Eric le 15-03-2012
Rangé dans : Événements

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Vive le feuilleton !

Le mot « feuilleton » a connu des fortunes diverses au cours du temps. Et si je me permets d’en parler, c’est parce que Sublutetia était justement, au tout départ, un roman-feuilleton.
Qu’il s’agisse de littérature ou de télévision, « feuilleton », pour beaucoup de gens, évoque une œuvre de qualité inférieure, née d’intérêts strictement commerciaux et certainement pas artistiques. Et de fait, à la télévision, les « feuilletons » des années 70 ou 80, voire 90, ne brillaient généralement pas pour la richesse de leur scénario, de leur interprétation, ou l’originalité de la mise en scène. Quant aux « romans-feuilletons », on les imaginait volontiers paraître dans des revues pour jeunes filles esseulées.
Aujourd’hui, le terme de « feuilleton » a pratiquement disparu du vocabulaire des télévores. On ne parle plus que de « série TV », voire de « série » tout court. Or, il y a encore 20 ans, une distinction implicite se faisait dans l’esprit des spectateurs : un feuilleton était une œuvre segmentée, dont chaque épisode racontait un fragment d’un ensemble plus vaste, le tout étant évidemment « à suivre » ; une série, en revanche, était composée d’épisodes indépendants les uns des autres, autonomes, et il était possible d’en manquer un ou plusieurs sans être perdu au moment de la reprise. Le paradoxe, c’est que ce nous appelons la plupart du temps « séries », aujourd’hui, sont en réalité des feuilletons au sens que nous venons de donner. Même si des séries fonctionnent encore à base d’épisodes indépendants, la plupart de celles qui nous viennent des USA ont un fil rouge qui tient en haleine d’un épisode à un autre, laissant souvent le spectateur sur un grand moment de frustration au moment du générique de fin. Pourquoi le mot « feuilleton » a-t-il disparu, alors ? Peut-être parce qu'en France, il était à ce point synonyme de mauvaise qualité que l’on a fini par le mettre aux oubliettes, histoire de rendre justice à la qualité d’œuvres télévisuelles nouvelles qui, de l’avis général, dépassent parfois le cinéma. Et pourtant, 24, Boardwalk Empire, The Wire, etc, sont bien des feuilletons dans son sens premier.

En littérature, il ne faut surtout pas oublier que des œuvres importantes ont vu le jour sous la forme de feuilleton : Balzac, Alexandre Dumas, Charles Dickens ont été de grands feuilletonistes et personne ne songerait aujourd’hui à leur chercher des noises ! Le roman-feuilleton, dès ses origines cependant, a été mal considéré, et les auteurs susnommés en ont fait les frais en leur temps. On a accusé le roman-feuilleton de tous les maux. On lui a reproché, en particulier, « d’aliéner la raison par l’imagination », et d’être globalement mal « composé ou écrit de par sa conception en tronçons ». Sans parler, bien entendu, du procès pour racolage, dans la mesure où chaque publication est supposée tenir le lecteur dans une position d'attente, avec un suspense obligatoire. Le fait est que le roman-feuilleton s’inscrivait, presque par définition, dans des genres populaires (roman d'aventures, en particulier). Et pour certains critiques, il n’y avait guère de noblesse dans de tels genres. Tant pis pour eux !
A titre personnel, non seulement la littérature populaire est celle que j’ai le plus dévorée, mais en plus, elle me semble avoir accouché de nombreux chefs-d’œuvre, ne serait-ce que pour la fertilité des intrigues. Et quoi que j’y fasse, je serai toujours davantage conquis par une histoire originale écrite de manière, disons, « utilitaire », que par un beau style posé sur du vide. Ces quinze dernières années, j’ai découvert quelques magnifiques romans-feuilletons, comme ceux de Gustave Le Rouge ou Eugène Sue. Certes passés de mode, ils ne m’en ont pas moins indéniablement inspiré pour l’écriture de Sublutetia.

Sublutetia : La révolte de Hutan a été pensé comme un feuilleton et initialement publié sur un blog assez confidentiel, avec un « cliffhanger » (le terme français serait « rebondissement », mais il rend moins bien compte du caractère addictif de ces "chutes intermédiaires") à chaque livraison. Cette livraison ne correspondait pas forcément à un chapitre entier, mais à un certain nombre de pages. C’était, pour moi, une manière de m’assurer du rythme de l’ensemble – sans préjuger de sa qualité, bien sûr. Avec la suite de Sublutetia, je me suis à nouveau mis dans la peau d’un feuilletoniste, et ce pour une raison supplémentaire. Dans la mesure où ce nouveau tome était, cette fois, attendu par mon éditrice, je ne pouvais me résoudre à l’idée de lui livrer 500 pages et de m’entendre dire « Non, ça ne va pas du tout ». En lui faisant découvrir par bribes, j’ai pu être rassuré, au fur et à mesure de l’écriture, sur la direction que je prenais.
Bien sûr, le feuilleton comporte ses propres dangers : pour le tome 1, bien souvent, je me suis retrouvé coincé avec des soucis d’incohérence (« Zut, pourquoi j’ai écrit ça il y a deux jours ? Je fais quoi, moi, maintenant ? »). J’avais dû revenir sur ce que j’avais écrit précédemment, non sans en informer mes aimables lecteurs (qui, à l’époque, se limitaient à mes amis, ma famille, et une poignée d’inconnus). La situation s’est reproduite avec le tome 2, qui m’a obligé à quelques retours en arrière… et ce n’est pas forcément fini. Mais bien sûr, puisque tout cela se fait, cette fois, dans le secret, j'ai moins l'impression de... tricher.
Quoi qu’il en soit, vive le feuilleton !

Publié par Eric le 08-02-2012
Rangé dans : Écriture et idées en l'air

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Vieilles machines et nouvelles technologies

Il n’y a pas très longtemps, un mien cousin m’avait fait remarquer, à juste titre, le « refus de la technologie récente » dans Sublutetia. Il est vrai qu’on n’y croise pas de téléphones mobiles, que les appareils photos n’y font pas long feu, qu’Internet y est à peine évoqué. Le paradoxe, c’est que dans le « civil », si j’ose dire, j’écris précisément sur ces sujets, à longueur d’année, dans le cadre de mon activité journalistique. Il ne s’agit donc pas d’un manque d’intérêt – ou de connaissances – de ma part. En vérité, je trouve la technologie actuelle profondément… inesthétique, et peu ou pas du tout pittoresque (dans le sens premier du mot « digne d’être peint »). Il y a deux ans environ, j’avais participé à une interview du peintre Jansem, pour un blog auquel je collaborais. Même si mon rôle avait surtout consisté à tenir la caméra, j’avais néanmoins pu glisser cette question : « peindriez-vous des objets technologiques modernes ? ». M. Jansem m’avait alors désigné un ventilateur qui trainait dans un coin de son atelier, pour me répondre : « Mais bien sûr ! Regardez ce ventilateur : je l’ai déjà peint dans plusieurs tableaux ». Sa réponse semblait aller dans le sens inverse de mon intuition, mais en réalité, elle apportait de l’eau à mon moulin : son ventilateur devait avoir 50 ans au bas mot, tout en bakélite et en métal chromé. C’était sans doute sa conception des « nouvelles technologies » : le fait est qu’il n’y a ni écran plasma, ni lecteur CD, ni iPhone, ni PS3 dans ses tableaux. Les objets en question ne sont pas forcément laids, du reste : l’art du design est passé par là. Il y a de beaux écrans de télévisions, de beaux téléphones portables… Mais pour en revenir à mon point de départ, toute cette technologie moderne , du point de vue du roman, ne me paraît pas très propice au rêve, et n’est pas non plus très excitante à décrire.
Pour commencer, sur le strict plan de la mauvaise foi, la technologie actuelle rend tout trop facile pour les personnages… ou trop compliqué pour l’auteur ! Il y a deux nuits, j’ai revu un épisode de Columbo des années 70 (les jeunes connaissent-ils encore Columbo ?) où toute l’affaire aurait pu être réglée en deux minutes si la « présentation du numéro », qui permet de savoir quel correspondant nous appelle, avait existé. Pas simple, après, d’inventer une intrigue qui tienne debout sans qu’un gadget électronique vienne tout simplifier… et gâcher.
Mais surtout – et ceci n’engage que moi, j’en ai bien conscience – il me semble que les objets électroniques modernes ne sont pas porteurs de poésie, à l’inverse des vieilles machines comme celles que l’on peut voir au Conservatoire des Arts et Métiers, et auxquelles j’ai tâché de rendre hommage dans Sublutetia. Poulies, câbles, cuivre, engrenages, soupapes, vapeur, air comprimé : la technologie du XIXème et du début du XXème siècle avait un aspect artisanal, rempli de charme(s). Les machines étaient pareilles à des sculptures animées, les matières utilisées nobles et chaleureuses, bien loin du plastique moulé d'aujourd'hui. On y sentait, encore, la patte de celui qui les avait imaginées. L'homme semble si loin avec des machines impliquant des technologies microscopiques !

Et au fait : avez-vous remarqué comme on ne parle presque plus jamais d’ « inventeurs » ? Il y a des scientifiques, des chercheurs… mais où sont donc passés les « inventeurs », ces espèces d’apprenti-sorciers qui accouchaient de créations fabuleuses dans le secret de leur atelier ? Ils existent toujours, mais on les entend, sans doute, un peu moins.Dommage, car l'image d'un atelier sombre, un peu sale et en pagaille, avouez que ça a un tout autre pouvoir d'évocation qu'un laboratoire pareil à une clinique.
Un auteur comme moi, porté sur l'imaginaire et les aventures "à l'ancienne", se sent forcément plus proche d'un vieux ventilateur que d'un iPhone quand il écrit (même si j'aurais du mal à m'en passer le reste du temps). On agence des petits bouts d'intrigue, façonnés chacun dans leur coin, on huile la mécanique, et on espère que tout va "rouler"... au sens strict.
Il n’y aura pas davantage de technologie actuelle dans le prochain tome de Sublutetia ; en revanche, les inventions d’antan, celles qui marchent à coups de manivelle et de ressorts, auront encore la part belle.

Publié par Eric le 23-12-2011
Rangé dans : Autour du roman : secrets et anecdotes

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