Sublutetia 3 : un souvenir d’Avalon

Il y a maintenant plus de dix ans, je m’étais lancé dans l’écriture d’un roman appelé Avalon. Celui-ci n’a jamais été publié, peut-être parce que je n’avais pas assez insisté, et plus probablement parce que je n’étais pas encore un auteur assez mûr. Ce n’était pas un roman jeunesse, mais… c’était un roman sur la jeunesse. Il racontait l’histoire d’un jeune homme, Parker, qui, parvenu à la trentaine, désespérait de ne pas retrouver dans sa vie actuelle l’enthousiasme et le mystère qu’il avait connu durant l’enfance. Il décidait alors, avec son meilleur ami, de « recréer » une semaine de vacances d’enfance, afin de comprendre ce qui lui faisait défaut, de déterminer là où il aurait fait un mauvais choix. A quel moment de notre vie d’adulte les choses cessent-elles d’être magiques ? Quand perd-on notre capacité d’émerveillement ? C’était le sujet de la première partie de ce roman, raconté à la première personne par l’ami de Parker. La seconde partie, elle, penchait du côté du roman d’aventures : le fameux narrateur disparaissait, et Parker se lançait à sa poursuite jusqu’en Bretagne. Là devait se trouver Avalon, une espèce d’endroit enchanté dont les deux amis avaient rêvé durant leur enfance, sans que l’on sache s’il s’agissait d’un pur fantasme ou d’une extrapolation à partir de bribes de souvenirs.

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Avalon voguait donc entre deux eaux, moitié roman introspectif bien français, moitié roman d’aventures plus anglo-saxon. Un ami m’avait dit « tu devrais en faire un roman jeunesse » ; indirectement, j’ai suivi ses conseils. Il m’est apparu clairement, à cette remarque, que c’est le roman jeunesse qui convenait à mon univers. Et si je n’ai aucun désir de réécrire ce livre – ce qui est fait est fait – il est indéniable qu’on en retrouve beaucoup dans Sublutetia 3. Le Ventre de Londres comporte aussi un Avalon, un peu différent bien sûr ; et à nouveau, c’est un lieu où se cristallisent des souvenirs d’enfance. Il me semblait important de « boucler la boucle » Sublutetia en finissant par là où j’avais, en un sens, commencé. Pas étonnant, donc, qu’il y ait dans ce troisième volume un parfum de nostalgie qui était absent des premiers.

Plus que deux jours, et vous pourrez m’en donner des nouvelles !

Sublutetia 3 : pères et impairs

C’est dans Sublutetia 2 que l’on fait connaissance, en pointillés, du père de Nathan, celui que le premier volume avait laissé tout auréolé de mystère. Un personnage maladroit, fantaisiste, un peu menteur, avec une fâcheuse tendance à fuir les responsabilités ; en un mot, tout l’opposé de son fils. Sublutetia 3 permettra de le connaître davantage, mais sur cela, je ne m’étendrai pas : je me contenterai de vous rappeler la date du 2 octobre.

Quand mon propre père a lu Sublutetia 2, il m’a déclaré, la bouche à l’envers façon Robert de Niro : « C’est un drôle de père, que tu lui as fait, à Nathan !« . Derrière cette phrase, on pouvait sans peine lire « punaise, c’est comme ça que tu me vois ?« . On se met à sa place : je suis son fils, je sors mes premiers romans, il y a un personnage de père dedans… comment ne pas se sentir concerné ? Et pourtant ! Pas une seule seconde je n’ai pensé à mon père en inventant celui de Nathan. Et vous allez comprendre pourquoi.

Les américains ont le génie des expressions concises et efficaces, avec ceci d’embêtant qu’elles perdent de l’impact une fois traduites en français. L’une d’elle est : « the strong, silent type« . En français littéral, cela donnerait « le genre fort et silencieux », ce qui n’est pas totalement satisfaisant. Dans la série TV Les Sopranos, Tony, le héros, se lamente de ce qu’il n’existe plus, à son sens, d’hommes du « strong, silent type » façon Gary Cooper (pour les plus jeunes, un acteur mythique de l’âge d’or d’Hollywood). Le fameux « genre fort et silencieux », c’est cette catégorie d’hommes qui ne se plaignent jamais, restent inébranlables devant l’adversité, et ne se laissent jamais dépasser par les événements. Des durs, oui, mais pas au sens « petite frappe » : des hommes solides, pas complaisants pour deux sous, qui ont à coeur de ne jamais exposer leurs faiblesses.

Gary Cooper, qu'on imagine sans peine "strong" et "silent"

Gary Cooper, qu’on imagine sans peine « strong » et « silent »

Il se trouve que cette expression, elle sied on ne peut mieux à mon propre père. C’est une version française très réussie du « strong, silent type« , ou en tous les cas de l’idée que je m’en fais. Je verrais très bien mon père, transporté au Far-West, faire 50 kilomètres à pieds sous le soleil avec une flèche indienne dans l’épaule, puis rentrer sous la tente du docteur et dire « Vous pourriez m’enlever ça ?« . Et si le docteur lui demandait « Mais vous n’avez pas mal ?« , il répondrait juste « Si.« . Mon père est trop jeune pour avoir joué – pour de bon – aux cow-boys et aux indiens, mais croyez-moi sur parole si je vous dis que l’exemple ci-dessus n’est qu’à peine métaphorique. C’est sans doute un lieu commun, mais je n’ai jamais eu à chercher bien loin pour me construire une image de l’héroïsme : j’avais Gaby-aux-yeux-bleus sous la main. Il avait de qui tenir, d’ailleurs : mon grand-père était de la même trempe, avec la même répugnance à trop s’exposer. Il m’a fallu attendre son décès pour apprendre qu’il avait eu la croix de guerre ; la médaille était rangée dans un bureau, et je ne l’avais jamais entendu la mentionner avant.

Il se trouve que dans Sublutetia 3, on croise un septuagénaire dynamique et courageux qui, pour le coup, présente beaucoup de points communs avec mon père. Mais comme à mon habitude, il ne s’agit pas d’un décalque : ce personnage emprunte à droite et à gauche (et par certains côtés, à moi. Le père, le fils… Je me demande ce que fabrique le Saint-Esprit, dans tout ça !). Toutefois, il correspond bien davantage à l’image de mon propre père que celui de Nathan.

Mon père (en blanc), période "Boarwalk Empire"

Mon père (en blanc), période « Boardwalk Empire »

Oui, et le père de Nathan, alors ? Lui aussi est une mosaïque d’influences et de personnalités. J’avais au départ l’acteur Pierre Richard en tête, pour le côté gaffeur et poltron. Mais bizarrement, j’ai aussi beaucoup puisé dans le souvenir de quelqu’un que j’ai connu, à savoir le père d’un ami. Le monsieur en question était extrêmement athlétique (et doit l’être toujours), avec un visage entre Alain Souchon et Bruce Dern (je vous laisse faire un Google Images pour tenter d’opérer le mélange), mais il avait malgré cela un côté grand échalas qui masquait cette dimension sportive. C’était un monsieur enthousiaste, toujours réjoui, très fantasque, qui multipliait les petits boulots pour se consacrer à des passions (encore) moins lucratives comme le théâtre. Accessoirement, c’est à lui que je dois la découverte de l’album Fun House des Stooges, et je ne le remercierai jamais assez pour cela. Je crois que le côté « débrouille » du père de Nathan lui doit pas mal.

Au fait… Plus qu’une semaine, vous savez ?

 

Rockin’ Johnny : Tony, Pierre et Paul

Rockin’ Johnny, vous aurez fini par le comprendre, prend pour cadre les frénétiques années des débuts du rock. L’année 1954, pour être précis. L’idée est de présenter quelques uns des pionniers du genre (pas forcément les plus connus aujourd’hui, malgré les inévitables classiques) à travers une petite histoire qui se situe entre Happy Days (la série TV, que mes jeunes lecteurs n’ont sans doute pas eu l’occasion de découvrir) et Tom Sawyer.

Comme je le racontais hier, il m’a fallu un petit moment avant de tomber sur la bonne intrigue. Et voilà qu’un jour, je réveille en me disant : « Mais c’est bien sûr ! Il faut que je raconte l’histoire de Tony Sheridan !« . Tony qui ? Bon…
Je pense qu’il est inutile de présenter les Beatles, même aux plus jeunes. Aucun autre groupe de rock sur terre n’a vendu (et ne vendra jamais) plus de disques (même si ce brave Elvis n’est pas loin) ; et n’importe qui est exposé, dès son plus jeune âge, à leurs tubes majeurs. Pour ma part, il n’est pas exagéré d’affirmer que les Beatles ont changé ma vie, plus que n’importe quels autres artistes toutes catégories confondues. J’ai toujours voulu être écrivain ; de fait, la découverte de grands auteurs a évidemment cimenté cette vocation, mais n’a pas, en un sens, modifié quoi que ce soit au cours de mon existence. Ma rencontre avec la musique des Beatles, aux alentours de 15 ans, a en revanche profondément changé l’adolescent que j’étais. Le « petit intello du premier rang » est devenu un « gars cool » dont on s’est mis à rechercher la compagnie ; j’ai appris à jouer de la musique ; j’ai changé ma manière de m’habiller ; et surtout, je suis sorti de la route qui semblait être tracée pour moi (si je l’avais suivie, je serais peut-être en train de programmer ce blog, mais certainement pas d’écrire dessus).
Je savais pertinemment que j’allais m’égarer à parler des Beatles, mais le fait est qu’il y a un rapport direct avec Tony Sheridan. Sur le premier 45T enregistré par les Beatles (et non pas des Beatles, nuance), en effet, nos quatre futurs garçons dans le vent ne sont pas du tout présentés comme des vedettes. Ils ne font qu’accompagner ce fameux Tony Sheridan, et encore, pas sous leur vrai nom : la pochette mentionne « Tony Sheridan and the Beat Brothers ».

my bonnie front

Tony Sheridan n’était pas tellement plus âgé qu’eux (en fait, il était né en 1940 tout comme Ringo Starr et John Lennon), mais avait davantage d’expérience comme « musicien professionnel ». Il était installé à Hambourg depuis la fin des années 50, et menait une carrière modeste mais bien huilée de musicien de scène, à jouer avec les groupes de passage. Ce fut un jour le tour des Beatles (à l’époque, sans Ringo), et le courant est si bien passé qu’un disque a été enregistré. My Bonnie a connu brièvement les honneurs du hit-parade après quoi, à ce que l’on dit, Tony Sheridan aurait conseillé aux Beatles de voler de leurs propres ailes. Cela leur a plutôt réussi, comme chacun sait : quelques mois après, ces jeunes gens étaient presque millionnaires. Quant à Tony Sheridan, on dira poliment que cette rencontre ne lui aura hélas pas apporté la renommée attendue.

Pourquoi Tony Sheridan aurait-il dû être mon modèle pour cette histoire, alors ? Né Anthony McGinnity (Sheridan est son troisième prénom), ce sujet britannique avait commencé par apprendre le violon, poussé par ses parents, avant de tout plaquer pour se procurer une guitare et jouer du rock. Je trouvais ce parcours très romanesque, et je rêvais de finir mon histoire sur sa rencontre avec les Beatles, sans vraiment les nommer (je fantasmais sur un dessin où on les devinerait de loin, ou dans l’ombre) : une manière de faire la jonction entre le rock des origines et ce qu’il allait devenir sous l’impulsion de ces quatre génies.
J’étais à ce point convaincu de mon angle qu’un soir… j’ai contacté Tony Sheridan via son site web. Un site qui ne payait pas de mine, d’ailleurs : j’avais dans l’idée que je n’aurais pas à passer par une horde d’attachés de presse, agents, etc, avant de pouvoir l’atteindre. Et de fait, c’est Tony Sheridan himself qui m’a répondu. Ceci :

« Merci pour votre email, plutôt inhabituel mais intéressant. A ce stade, cependant, je ne sus pas certain de savoir comment réagir. C’est tout de même assez curieux, et on pourrait même se demander s’il ne s’agit pas d’une blague (si j’ai l’air soupçonneux, c’est que je le suis pour de bon : mais on vit dans un monde un peu dingue, et j’ai souvent eu l’occasion de me dire que j’avais intérêt à rester sur mes gardes). Ceci étant dit, pourquoi ne pas me passer un coup de fil à l’occasion ? De cette manière, on pourra s’assurer qu’on ne s’embarque pas l’un et l’autre dans une vaine entreprise ! »

Waouw. J’avais un mot de Tony Sheridan. Le Tony Sheridan, le type qui avait joué avec les Beatles. Je l’ai donc assuré de ma bienveillance et du sérieux de ma démarche. Je n’ai pas osé l’appeler, cependant. Nous avons encore un peu échangé, et M. Sheridan est alors devenu bien plus chaleureux :

« J’ai un ami à Paris à qui vous devriez parler de tout ça. Et peut-être qu’on pourrait essayer de s’y voir à l’occasion ? C’est dommage, j’y étais il n’y a pas longtemps pour jouer avec Peter Best [l'ancien et infortuné batteur des Beatles], et l’accueil des parisiens a été formidable. Je n’attends que d’y revenir ! »

J’ai de mon côté continué à mûrir mon idée.
En février 2012, je suis parti en voyage à New York. Au retour, dans l’avion, en attendant le décollage – et alors que j’aurais déjà dû l’éteindre – mon téléphone a sonné.

« Eric ?
- Oui ? Euh, Yes ?
- C’est Tony ! Ca va ?
- Tony…

- Tony Sheridan ! 
- …(voix off : bon sang, Eric, il y a TONY SHERIDAN qui t’appelle, là) Euh, oui, oui… Ca va. Je… 
- Je ne vous dérange pas ? 
- Je… suis dans un avion.
- Ah, ah ! Bon, et bien vous m’appelez à votre retour, qu’on discute un peu ?
- Mais… oui, bien sûr… Bien sûr…
- Allez, bon vol ! Ah Ah ! »

Vous savez ce que j’ai fait, à mon retour ? Rien. Comme un gros abruti. Je n’ai jamais osé rappeler Tony Sheridan. Pourtant, c’est lui qui m’avait appelé en premier. On pouvait donc supposer que le principe de me parler au téléphone ne le gênait pas outre mesure. Mais je me suis totalement, lamentablement, piteusement dégonflé.
Pour être parfaitement franc, il y avait deux choses qui n’allaient pas, dans tout ça. La première, c’est que je soupçonnais, à nos échanges, que Tony Sheridan attendait de la part de mon éditeur chéri une contrepartie financière pour sa « participation ». Ce n’était pas vraiment l’esprit dans lequel je voyais les choses, mais le fait est que ce brave monsieur devait vivre assez chichement des rares concerts qu’il faisait encore. Quand on a couvé, épaulé puis lancé quatre types dont les fortunes s’évaluent aujourd’hui en centaines de millions d’euros, et que l’on en est encore à animer des foires à Hambourg, il est assez compréhensible que l’on cherche à profiter un peu de son image. Mais surtout, il ressortait de nos premiers échanges avec Michèle, mon éditrice, que situer l’action en Europe n’était pas forcément une idée très porteuse, du moins dans le contexte de cet album. J’avais un moment considéré que décrire les débuts du rock avec un petit décalage, à travers l’oeil d’un adolescent européen qui voit toute cette musique arriver des USA, aurait été original. Peut-être… mais on y aurait beaucoup perdu ne serait-ce que visuellement.
Je suis provisoirement passé à autre chose (Sublutetia 2 puis 3), en me promettant de tenir Tony Sheridan au courant de la tournure des événements.

Tony Sheridan est mort le 13 février dernier d’un problème cardiaque. Rockin’ Johnny ne raconte plus sa vie, si ce n’est que j’en ai retenu quelques éléments : l’éducation musicale « classique » contrariée… et le nom de famille du héros, McGinnity. J’aurais bien aimé, malgré cela, qu’il voie le livre terminé. Let it be

Tony Sheridan (1940-2013) vers 1962

Tony Sheridan (1940-2013) vers 1962

L’album est dédié à deux autres personnes. L’une est « Sir Paul ». Je ne sais pas s’il est utile d’en dire plus ? Vous ne connaissez pas beaucoup de « Sir Paul », n’est-ce pas ?  Le fait est qu’à la base, je m’y connais bien plus en rock des années 60 et 70 qu’en rock des années 50. Mais si Chuck Berry et Little Richard ne sont pas mes idoles personnelles, ce sont en revanche les idoles de mes idoles. Dont ce cher Paul McCartney.

Et Pierre ? Pierre, c’est l’un de ces quelques amis qui sont comme des frères pour moi. C’est avec lui que j’ai vécu « ma » Beatlemania adolescente, et que j’ai commencé à jouer de la musique. Lycéens puis étudiants, on était les Lennon et McCartney de… hum… pas de notre rue parce que l’on n’habitait pas dans la même, mais, disons, les Lennon et McCartney de notre studio de répèt’ (au pied d’une barre d’immeubles sinistre). En matière de musique, c’est Pierre qui m’a pour ainsi dire tout appris. Contrairement à moi, il avait une vraie formation classique, et il ne lui a toujours fallu qu’un temps très court avant de se débrouiller avec un instrument. En un mois de guitare, il m’épatait déjà. Aujourd’hui, entre la batterie, le saxophone, la basse, le piano, le banjo, je ne sais pas de combien d’instruments il peut bien savoir jouer. C’est aussi un compositeur très doué : pour l’anecdote, il est l’auteur de la musique que l’on entend dans la bande-annonce du premier Sublutetia. Voilà pourquoi je considère qu’au même titre que Sir Paul, Pierre a été l’un des deux musiciens les plus importants de ma vie.

D’ailleurs, voici un collector. Les deux pop-stars de Colombes, Hauts-de-Seine devant une foule en délire de 20 personnes, il y a… 16 ans ? Voilà… Moquez-vous bien !

 

Rockin’ Johnny : le 16 octobre !

Il n’y a pas que Sublutetia dans la vie. Je veux dire, dans ma vie (pour ce qui est de la vôtre, je le souhaite de tout mon coeur). Le 16 octobre sortira Rockin’ Johnny, un livre-disque comme Didier Jeunesse sait si bien les faire, dont j’ai écrit le texte et préparé la sélection musicale. Il a été superbement illustré par Merlin (Christophe de son prénom, mais j’ai l’impression qu’il aime bien le « Merlin » tout seul), et lu, pour le CD, par Dominique Pinon dont on ne présente plus la gouaille.

rock

Rockin’ Johnny a été un travail très particulier pour moi. Tout d’abord, ce n’est pas moi qui en ai eu l’idée. Celle-ci vient de Michèle, mon éditrice, qui m’avait demandé si je me sentais capable d’écrire une histoire autour « des débuts du rock’n roll ». Je me souviens fort bien du jour et du moment précis : c’était lors de la petite soirée de lancement du premier Sublutetia. Il y a deux ans de cela donc. En pleine euphorie, j’ai répondu un « oui » enthousiaste ; on verra plus tard que j’avais été un peu présomptueux de répondre avec tant d’assurance.
Ensuite, Rockin’ Johnny est un album. Si je disais que « je n’avais encore jamais eu l’occasion de travailler sur un album », ce serait là encore un peu pompeux, dans la mesure, où, après tout, je ne suis « dans le métier » que depuis deux ans et à tout prendre, je ne peux pas me réclamer d’une très grande expérience dans le domaine du roman non plus. Il serait plus juste de dire qu’avant ce projet, je n’avais tout bêtement jamais songé à faire un album.

J’ai cru que tout cela serait simple, plus simple que d’écrire un roman. Seulement, j’ai très naïvement confondu « temps » et « difficulté ». Evidemment, écrire une histoire de 20 pages pour un album prend beaucoup moins de temps qu’un roman de 320 pages. Mais est-ce plus facile ? Je me suis vite rendu compte que non. J’ai eu beaucoup de mal à trouver le ton que je voulais donner au récit. J’ai fait des essais (jamais envoyés) dans un registre un peu onirique… Et mon premier envoi « officiel » n’était pas très concluant. Bref, il a fallu que je revienne plusieurs fois au clavier avant de trouver le bon angle et la bonne tonalité.
Du reste, il y avait un écueil supplémentaire : le texte est écrit pour être lu. Mes phrases à rallonge habituelles se prêtent assez mal à l’exercice, et de manière générale, une phrase qui passe bien à l’écrit peut se révéler très ingrate à l’oral. Sur ce plan comme tous les autres, j’ai pu compter sur l’aide constante de Michèle et Vincent de Didier Jeunesse, à qui on ne la fait plus. Au final, il y aura eu beaucoup d’allers et retours, mais on est plutôt content du résultat.

Ceci étant, il y a quelque chose de formidable dans le fait d’écrire un livre-disque : c’est une superbe leçon de modestie. En tant qu’auteur, on est peut-être au centre du processus en coulisses, mais une fois que l’album est sorti, il convient de s’effacer un peu devant la musique, le narrateur et, bien entendu, l’illustrateur. Et ça nous fait les pieds ! Ce qui est important, dans Rockin’ Johnny, c’est avant tout de découvrir toute cette musique et de se laisser absorber par les images. Pour ma part, je suis très heureux que mes mots aient pu servir de support au numéro de Dominique Pinon, d’une part, et aux dessins de Merlin d’autre part.
Sans flagornerie, je n’aurais d’ailleurs guère pu imaginer quoi que ce soit de plus fidèle aux images que j’avais en tête. Et pourtant, en relisant le texte, je me rends compte que celui-ci est assez succinct en matière d’indications. Ma grande chance a donc été de pouvoir collaborer avec un illustrateur qui, sans doute, partage avec moi beaucoup de références visuelles et culturelles. Les rues de Memphis, cette double-planche initiale avec le petit garçon dans l’arbre, la grange avec les musiciens : je me suis demandé si Merlin n’avait pas installé à mon insu un système pour m’espionner le cerveau. Un sorte de… Cogitomètre, vous savez !

Avoir l’album entre les mains, depuis hier, est une grande fierté. Tout comme l’a été le fait d’assister à l’enregistrement du texte par Dominique Pinon. Si j’avais pu me douter, en découvrant Delicatessen à 17 ans, que j’allais un jour écrire un texte pour ce sacré gaillard…

A chaque fois que je me rends à la Charité-sur-Loire, j’oublie de noter de qui est cette phrase, peinte sur une façade : « la musique commence quand les mots deviennent impuissants » (ou un truc du genre, hein). Avec Rockin’ Johnny, j’ai pu compter sur Elvis Presley, Chuck Berry, Howlin’ Wolf ou Fats Domino pour repousser mes limites : on pourrait se retrouver en plus mauvaise compagnie…

De Sublutetia 1… à Sublutetia 3 ?

Après quelques premiers retours de lecture, j’ai noté qu’une remarque revenait de manière récurrente : Sublutetia 3 serait davantage la continuité logique du 1… que du 2. Le tome 2 constituerait, de fait, une parenthèse. Ce n’est pas totalement faux, en réalité. Le tome 2 est assez différent des deux « extrémités » à plusieurs égards : il ne se passe que sur une journée, il oscille entre passé et présent, et surtout, il ne représente pas une évolution majeure dans les relations entre Keren, Nathan, et son père (même si ce dernier est beaucoup plus présent).
Par ailleurs, aucun personnage du 2 n’intervient de manière directe dans le 3 ;  on se contente d’allusions qui, finalement, pourraient être résumées de manière succinte. Si l’on sait qu’une certaine Von Arnim avait localisé l’entrée de Sublutetia, et qu’au XIXème siècle, un aventurier du nom de Cassilis s’était retrouvé en possession d’un fragment de voûte de cristal… on peut pratiquement sauter du 1 au 3 sans passer par le 2.

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Faut-il le faire pour autant ? Je ne suis certainement pas en train de vous dire de ne pas lire Sublutetia 2, parce que – vous me pardonnerez ce petit sursaut d’orgueil – j’en suis quand même assez fier. Sublutetia 2, c’est « mon roman XIXème », celui où j’ai pu m’amuser à imiter le style de mes héros littéraires, et c’est aussi celui des trois où la construction de l’histoire est la plus complexe. Et puis, vous supporteriez d’avoir le 1 et le 3 dans votre bibliothèque, et pas le 2, franchement ?
En revanche, ce dont je me rends compte aujourd’hui, c’est qu’il pourrait pratiquement être lu… après le 3. Comme une aventure inédite de Keren et Nathan, quelque chose qui nous aurait échappé. Même ce cher Conan Doyle ne s’est pas gêné pour user de telles ruses. Faites l’essai : vous verrez que ça marche !

Ce qui est certain, en tous les cas, c’est que Sublutetia 1 et Sublutetia 3 se font écho à plus d’un titre, aussi bien dans les thématiques que la progression de l’histoire. Alors… 1, 2, 3 ou 1, 3, 2 ? Un tiercé qui n’appartient qu’à vous…

Sublutetia 3, Monty Pythons et humour

On a tous une vague idée de ce que peut-être l’humour britannique, mais en donner une définition est une autre paire de manches. On y associe les notion de non-sens, d’absurde, de finesse, de second degré… et pourtant, l’humoriste anglais le plus connu pour les gens de ma génération, c’est Benny Hill (jeunes lecteurs, estimez-vous chanceux d’y avoir échappé) : allez faire des généralités après ça !

Pour botter en touche, je dirais que « mon » humour anglais, c’est celui que maniaient dans le temps les Monty Pythons (à travers leur série TV Monty Python’s Flying Circus, puis dans des films comme Sacré Graal ou Le Sens de la vie), et que pratique encore avec génie quelqu’un comme Graham Linehan (Father Ted, The IT Crowd, Black Books : trois chefs-d’oeuvre de télévision). En parlant de lui, je serais tenté de vous dire que la boucle est bouclée, puisque c’est, paraît-il, à une fête qu’il organisait que se sont rencontrés Neil Hannon et Thomas Walsh, les musiciens que j’évoquais dans mon précédent billet. Mais nous nous égarons pas.

Sublutetia 3 se déroule en Angleterre, un pays auquel est associé une grande partie de mon imaginaire. Et même si, en grandissant, j’ai fini par comprendre que bon nombre de mes « anglais » préférés étaient en réalité écossais ou irlandais, je continue à vouer une grande admiration à tout ce que ce pays a pu produire dans le registre culturel – ou « pop-culturel ». Dans mon troisième tome, donc, j’ai voulu rendre hommage à quelques éléments de cette culture, parmi lesquels… l’humour. Du moins, celui du deuxième paragraphe (et certainement pas celui du premier).

Au premier rang : Eric Idle, Michael Palin et Terry Jones – Au second plan : Graham Chapman, John Cleese et Terry Gilliam

Question préliminaire : peut-on faire de l’humour anglais quand on est un écrivain français ? Réponse : on peut essayer. C’est ce que j’ai fait. Si j’ai en permanence besoin d’être rassuré (par mon éditeur, mes amis, par vous) sur ma capacité à être écrivain dans l’absolu, il y a tout de même une chose dont je suis sûr : je crois être un bon pasticheur. Les humoristes évoqués plus haut, j’en suis tellement imprégné qu’à défaut de pouvoir faire la même chose qu’eux, je peux au moins les imiter. J’introduis donc dans Sublutetia 3 deux personnages, Palin et Carson, que j’ai conçus comme s’ils s’étaient précisément échappés d’un sketch des Monty Pythons. Le nom « Palin » est d’ailleurs un clin d’oeil à Michael Palin, l’un des Pythons – même si je me suis inspiré de son ancien comparse John Cleese pour son apparence physique. Et histoire de faire simple, le personnage de Carson est quant à lui calqué physiquement sur Terry Jones. C’est à ces trois olibrius que se destine la deuxième dédicace du livre.

Le risque, évidemment, c’est de tomber dans une certaine surcaractérisation, dans une imagerie qui frôle le cliché. Maintenant que j’ai pu relire le roman avec du recul, je crois que Sublutetia 3 est réellement comme je le souhaitais : c’est bien mon Angleterre, à demi-réelle et à demi-fantasmée, celle qui me fait rêver depuis que je connais l’existence de Sherlock Holmes et Graham Chapman.

Ce que j’ai toujours trouvé troublant avec le bon humour anglais, c’est que son absurdité finit par induire une espèce d’étrangeté, et peut même dans une certaine mesure, se révéler inquiétant. C’est un humour qui entretient une connivence réelle avec le fantastique, là où l’humour à la française, aussi fin qu’il puisse être, reste ancré dans le réel. Bref, c’est bien l’humour qu’il fallait à Sublutetia.

Avant de me lancer dans l’écriture de ce dernier tome, j’ai beaucoup lu Mark Twain. Si, en France, on l’associe presque exclusivement à ses deux oeuvres « jeunesse », Les Aventures de Tom Sawyer et Les Aventures d’Huckleberry Finn, les américains, eux, le considèrent (entre autres choses) comme l’un des fondateurs de « l’humour américain ». Il a même légué son nom à un prix très officiel qui récompense les meilleurs humoristes des USA. On retrouve la trace de ces lectures dans Sublutetia 3 : impossible de se défaire si facilement d’une telle influence. L’humour de Mark Twain repose sur l’ironie, l’art de rendre cocasse une situation qui ne l’est pas. De fait, je pense que le ton employé par le narrateur de Sublutetia 3 est plus moqueur que dans les précédents, plus taquin avec les personnages. Entendez : plus drôle. Même si je ne prétends pas que vous allez vous tenir les côtes de rire, bien sûr…

Michael Palin, l’âme d’un coureur d’aventures.

Avant de conclure, encore un petit mot sur Michael Palin. En plus de m’avoir fait beaucoup rire au sein des Monty Pythons et dans Un Poisson nommé Wanda, cet adorable monsieur illustre l’esprit d’aventure que je chéris tant. En marge de sa carrière d’humoriste, il a accompli de nombreux voyages « à l’ancienne », et a, en particulier, tâché de reproduire à l’identique le fameux tour du monde en 80 jours de Jules Verne. Sans avion, donc. Il a depuis sillonné le Sahara, l’Afrique, l’Himalaya, et bien d’autres destinations encore. Arrivé à mon âge, je sais qu’il y a bien peu de chances pour que j’aie, un jour, le courage et la détermination d’entreprendre ne serait-ce qu’un seul de ces périples. Mon admiration pour Mr Palin n’en est que plus grande. Pour ceux qui parlent anglais, un petit détour par son site s’impose. En voilà encore un à qui je n’aurai de cesse que d’avoir serré la main. Patience…

J’ai bien conscience que ce sont plutôt les parents de mes lecteurs que ces derniers qui savoureront la référence, mais avec Sublutetia 3, préparez-vous… for something completely different.

Sublutetia 3, le cricket et The Duckworth Lewis Method

L’hiver dernier, vous vous en rappelez sans doute (si ce n’est pas le cas, je crois que le temps menace de s’en charger tout seul), a été particulièrement ignoble. Début novembre, je n’avais pas encore fini Sublutetia 3 et je butais sur l’écriture de ce qu’on appelle parfois le « climax », à savoir le moment de tension vers lequel tout ce qui précède semble tendre. Je savais à quoi devait ressembler cette scène dans les grandes lignes : j’avais les protagonistes, l’enjeu, l’issue ; bref, le contenu… mais pas le contenant. C’est alors que je suis tombé sur cette petite merveille.

(cliquez pour un extrait - Mason On The Boundary)

(cliquez pour un extrait – Mason On The Boundary)

Comme la pochette le suggère après un examen attentif, cet album parle de cricket, l’incompréhensible sport que seuls les pays liés historiquement à la Grande-Bretagne pratiquent encore avec acharnement (l’Inde, le Pakistan, etc)… En plus de la Grande-Bretagne elle-même et de l’Irlande, bien entendu.
Quand je dis que le disque parle de cricket, je devrais préciser qu’il ne parle que de cricket : toutes les chansons y ont trait directement. Vous vous demandez, probablement, comment on peut parvenir à réunir 12 chansons sur ce thème ? Au risque de vous achever, sachez que les intéressés ont remis ça en juillet dernier avec un deuxième disque, et toujours le même concept.

(je sais que cette pochette est moins présentable, mais je suis sûr que tout le monde ici, sans exception, a déjà vu pire)

(je sais que cette pochette est moins présentable, mais je suis sûr que tout le monde ici, sans exception, a déjà vu pire)

The Duckworth Lewis Method – c’est le nom du groupe – est en fait un duo formé de Neil Hannon, du groupe The Divine Comedy (qu’il incarne à lui tout seul), et de Thomas Walsh, l’âme du groupe Pugwash. Les deux gaillards sont des génies de la mélodie, et leur association ne pouvait faire que des étincelles. Leurs deux disques ont été mes plus belles découvertes en matière de « pop soignée » depuis belle lurette. Mais surtout, ils m’ont fourni l’idée qui me manquait : ma fameuse scène devait tourner autour du cricket. Je ne vous en dis pas plus, évidemment, mais sachez que seul, je n’aurais jamais pu inventer un jeu avec des règles aussi tordues – et, conséquence indirecte, aussi romanesques. Si vous pensiez que le Quidditch était incompréhensible, c’est que vous n’avez encore jamais vu de match de cricket. Et là, il n’y a même pas l’excuse de devoir enfourcher un balai volant.

Duckworth-Lewis

Thomas Walsh et Neil Hannon, aka The Duckworth Lewis Method.

La proximité que la musique peut engendrer est quelque chose qui me semble difficilement explicable, et qui lui est propre plus qu’à tout autre art. Malgré ma vocation, je ne me suis jamais senti aussi proche d’un écrivain, d’un cinéaste ou d’un peintre que je n’ai pu l’être d’un musicien. En écoutant The Duckworth Lewis Method, il m’a semblé évident que ma route devait un jour croiser celle de Thomas Walsh et Neil Hannon (et pas seulement parce que moi aussi, je suis fan de Electric Light Orchestra, leur inspiration mélodique pour ce disque) ; que nous avions des plaisanteries et des expériences à échanger… et qu’il serait infiniment cruel que cela n’arrive pas un jour ou un autre. Ce petit mot en tête de Sublutetia 3 est non seulement un remerciement pour m’avoir inspiré, rendu heureux, mais également ma manière de leur adresser un salut qui, sans cela, serait resté un geste vain.

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« A Neil Hannon et Thomas Walsh pour avoir contribué à mon bonheur et à ma connaissance du cricket »

Il y a quelques jours, j’ai eu la joie d’apprendre que M. Thomas Walsh avait été touché par mon petit mot (vive Facebook). J’espère qu’il en sera de même pour son comparse – si l’occasion se présente. En attendant, je vous invite vivement à découvrir les deux disques de The Duckworth Lewis Method (ainsi que ceux de Pugwash et The Divine Comedy, bien entendu).

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(j’ai prévu de me raser très prochainement)

Et si vous vous demandez le pourquoi de ce nom (« The Duckworth Lewis Method »), vous pouvez évidemment chercher sur Wikipedia… ou lire Sublutetia 3 en entier. Vous ne serez pas surpris d’apprendre que je vous recommande vivement la seconde solution.

Shine a little love !

Sublutetia 3 : le ventre de Londres

J’attendais de pouvoir faire cette photo depuis le jour où j’ai su que Sublutetia serait une trilogie. Le concept même de « trilogie », dans un certain imaginaire populaire collectif, a une dimension magique. L’estimable J.K. Rowling a un peu brisé le cycle, certes. Mais il n’empêche : aujourd’hui, je suis fier et tout excité de savoir que désormais, j’ai moi aussi ma trilogie.

DSCF1307Voilà, il est donc finalement arrivé ! La couverture est splendide, et les illustrations de Rémi Saillard, à la fin, au-delà de mes espérances. Mais je devrais peut-être vous dire un mot ou deux sur le contenu ?

Sublutetia : le ventre de Londres est un peu un retour à l’esprit du premier. On y progresse selon une narration plus linéaire que dans le deuxième tome, qui avait un peu embrouillé quelques jeunes lecteurs avec ses sauts d’une époque à une autre. Ici, il y a trois intrigues de départ qui convergent rapidement l’une vers l’autre.
Comme nous l’indique le petit résumé au dos, l’intrigue tourne autour du secret du père de Nathan… et de ses conséquences. Ce qui, rapidement, va amener nos héros (Keren, Nathan, et son père, donc) à se rendre en Angleterre, à Londres, où il existerait également une cité souterraine. La « jumelle anglaise » de Sublutetia.
Quelques nouveaux personnages font leur apparition dans ce tome. L’un d’eux m’a été inspiré très directement par un article que j’avais lu, il y a quelques temps, à propos du Sealand. Le Sealand est une « principauté » assez curieuse, puisqu’il s’agit en réalité d’une ancienne plateforme militaire abandonnée (du moins, elle l’a été un temps), au large des côtes anglaises A la fin des années 60, un illuminé, vétéran de la seconde guerre mondiale, s’est auto-proclamé roi de ce lieu qui, à l’époque, ne se trouvait dans aucune eau territoriale. Comme vous le verrez, toute ressemblance avec des personnages vivants ou ayant existé est absolument désirée.
On croisera aussi une machine à explorer les profondeurs terrestres, un couple de retraités assez atypique, quelques sujets britanniques fous à lier… et même l’esprit de Sir Arthur Conan Doyle. Il n’y a toujours pas de fantastique (au sens où nous l’entendons en France) sans Sublutetia… mais le spiritisme est de la partie.

Le cimetière, en couverture, c’est celui de Highgate, à Londres, l’un des lieux les plus envoûtants de la capitale britannique. Une bonne partie de l’intrigue s’y déroule. Comme d’habitude, j’ai mêlé des éléments véridiques – et difficiles à croire – à des éléments totalement fictifs, et pas tellement plus difficiles à croire. Je vous laisse traquer le vrai dans tout cela !

A suivre…

 

 

Un bureau

En écrivant ce billet, je ne présuppose que vous creviez d’envie de savoir, absolument, dans quelles conditions j’écris. En revanche, puisque vous êtes là, je mise sur votre curiosité naturelle (celle qui nous pousse à ouvrir des comptes Facebook, vous savez). Et puis, moi, ça me fait plaisir de vous faire faire le tour du propriétaire. Voici la photo, on se retrouve juste en dessous.

bureau

 

Bien, alors, qu’avons-nous là… Pour commencer, vous remarquerez que je n’ai pas rangé mon bureau (le meuble, je veux dire). Il y a deux raisons à cela. La première, c’est la flemme. La seconde, un souci de vérité : il me semblait important de montrer qu’en général, sauf cas de force majeure, je peux cohabiter avec une boite de recharges anti-moustiques (à gauche) et un spray lubrifiant au téflon (le capuchon vert, à droite).
Je ne voue pas un culte particulier au film de l’affiche (même si je l’aime beaucoup), mais je trouve celle-ci jolie, et en plus, comme ça, j’ai l’impression qu’un ami veille sur moi (mon âme damnée Emmanuel est fou de films noirs).

Elément incontournable d’une journée d’écriture : le petit bateau à thé en bambou, sur le meuble entre le bureau et le piano. Il est creux, et on peut donc y verser l’eau qui a servi au préchauffage de la tasse (oui : il est primordial de préchauffer sa tasse avant d’y verser le thé !). Un de mes objets préférés au monde. Je me sers déjà moins de la loupe à côté, mais le globe terrestre, lui, est là pour me rappeler mes carences en géographie. Je précise du reste qu’il est totalement à côté de la plaque, en cela qu’il date de la fin des années 40. Mais vous commencez à me connaître : ce n’est pas ça qui va me déranger.

Sur le piano, dont je ne désespère pas de savoir bien jouer un jour (je stagne faute d’entrainement, et je reste débutant), une lampe à pétrole. Une acquisition toute récente, mais vous remarquerez qu’elle est remplie : je me sers donc de cette lampe. Je déteste la lumière électrique, et le soir (ou quand il fait sombre), je raffole de cette ambiance chaude.

Le reflet ne permet pas de voir que les petits cadres contiennent des gravures de ballons dirigeables, clin d’oeil à Sublutetia 2. A côté, au mur, une jolie création de Delphine Jacquot. Bizarrement, je n’avais pas noté le nom de l’artiste au moment de l’achat. J’imaginais qu’un vieux dessinateur totalement fou avait commis cette oeuvre digne d’un rêve de Terry Gilliam… et j’ai été bien étonné quand, lors d’un salon, j’ai fait la connaissance de la jeune et jolie artiste (totalement saine d’esprit pour ce que j’ai pu en voir). J’adore cette chose : j’y découvre de nouveaux détails perpétuellement.

Les petites étagères ont été rajoutées sur le tard, il y a quelques mois, et elles constituent autant mon « paysage » au quotidien que ce que je vois de ma fenêtre (à savoir, un arbre, des jolis petits immeubles, et un pigeon à l’air pas très aimable posé sur un réverbère). L’étagère du bas, ce sont les armes de première nécessité : le Grevisse (la bible des tordus de la grammaire), un dictionnaire d’anglais, un précis de grammaire latine, et un dictionnaire latin-français. Le fameux Gaffiot. Mais comme je m’en voudrais de donner à tout cela un aspect trop sinistre, j’ai quand même posé un robot en fer blanc devant. Un dico de latin, ça ne sert pas tous les quatre matins ? Détrompez-vous : et je ne développerai pas.
L’étagère intermédiaire, elle, supporte les livres dont j’ai besoin pour les travaux en cours. Je vous en reparlerai, mais je suis en plein roman historique-antique, en ce moment. On trouve donc diverses choses sur l’armée romaine, l’histoire antique en général, etc. Son contenu sera amené à changer dès décembre prochain.
L’étagère du haut, c’est le temple érigé à la gloire de mon idole, Mark Twain. Lui aussi, j’aime bien le savoir dans le coin. Faute de place, il partage un peu de son espace avec des copains, mais sur le principe, cette étagère est la sienne.

Ah, dernière chose : à gauche, on voit un morceau de chat. C’est Ebène, le démon familier. On notera que dès le matin, il a l’air mauvais.

Bien, c’est l’heure du thé. A la prochaine !

La fin et le début

Le premier acte de l’aventure Sublutetia touche à sa fin ; la trilogie est désormais complète, et si la Poste ne faisait pas de la rétention avec mes colis, j’aurais même le troisième volume imprimé entre les mains (dire que je l’attends avec impatience serait un euphémisme). Si je parle de premier acte, c’est parce que désormais, la trilogie a sa vie propre, qui ne dépend plus tellement de moi. Il y a les lecteurs, avant tout, mais aussi tous ceux qui pourraient avoir envie de s’approprier les livres d’une manière ou d’une autre.

Mais ne mettons pas la charrue avant les boeufs : ce fameux tome 3 sort le 1er octobre, et j’espère bien qu’il vivra, comme les précédents, un très bel automne et un hiver enthousiasmant. J’aurai l’occasion de vous communiquer, ici même, les dates des prochaines rencontres, dédicaces, etc.

Pourquoi un nouveau blog, au fait ? Tout simplement parce que si la trilogie Sublutetia se termine, moi… je continue ! Les projets ne manquent pas, il y a un nouveau roman sur le feu, un livre-disque en approche pour le 16 octobre (oui, dans un mois) ; bref, plein de choses qui ne rentraient plus dans le cadre de l’ancien blog consacré à Sublutetia. Et puis, je dois l’avouer, il y avait aussi un aspect technique. J’avais créé le précédent blog de mes blanches mains, comme un grand, sans passer par ces outils très pratiques que sont WordPress et consorts. Le système de commentaires très rudimentaire que j’avais mis en place ne me permettait pas de répondre rapidement à vos interventions (« Quand sort le tome 2 ? » => « Mmm, il est sorti il y a quatre mois, désolé, j’avais pas vu la question« ) et de même, les intervenants n’étaient pas notifiés de mes réponses. Ca va changer, tout ça ! J’ai tenu à conserver l’adresse « Sublutetia.com » par superstition : c’est que je lui dois beaucoup, à cette cité souterraine…

Je souhaite que ce nouveau blog, moins fastidieux à alimenter de mon côté et un chouïa plus interactif du vôtre, me permette de garder le contact avec tous mes lecteurs. J’ai toujours trouvé un peu triste qu’il y ait une barrière entre ceux qui écrivent et ceux qui lisent. En tant que lecteur, j’en ai souffert (avec une complication supplémentaire : 90% de mes auteurs favoris étaient morts avant ma naissance) ; pas question de faire subir le même sort à ceux qui me font le bonheur d’acheter mes livres.

Bienvenue par ici, donc… et à très vite !

PS : je sais que le design de l’ancien blog avait un côté un peu moins « salle d’attente de dentiste » que celui-ci… Mais j’étais quand même un peu embêté de m’approprier le travail de Rémi Saillard. Si j’ai une idée géniale, j’essaierai de rajouter un peu de gaieté, tout de même.