La fin avant le début

Tout récemment, j’ai eu le plaisir de lire une très gentille critique de Sublutetia 3, qui sous-entendait avec bienveillance que, peut-être, j’avais eu envie de torturer mes lecteurs dès le début du livre en leur brandissant le spectre d’une fin pas tout à fait heureuse. Ce n’est pas tout à fait le cas… mais ce n’est pas totalement faux non plus.

En préambule, il me faut bien dire que je suis plutôt client des histoires qui finissent bien. Quand on s’est pris d’affection pour des personnages, les voir disparaitre ou voués au malheur n’a rien de très réjouissant. Il y a même des films que j’hésite à revoir, sachant que le héros casse sa pipe à la fin (comme… non, je ne vais pas le dire, après tout, vous ne l’avez peut-être pas vu). C’est, émotionnellement parlant, quelque chose qui m’est toujours un peu dur à vivre en tant que lecteur ou spectateur.

Quand on passe de l’autre côté et que l’on devient maitre de l’histoire, cependant, c’est différent. Ce qui nous plait en tant que lecteur/spectateur nous paraît tout à coup insatisfaisant, trop facile. On se met à penser que l’on sera jugé non pas sur le bonheur que l’on apporte, mais sur une sévère évaluation de notre imagination et de notre maitrise du récit. Avec Sublutetia 3, c’est précisément ce qui s’est passé : je ne voyais pas comment finir le récit sur une note totalement positive sans céder à la simplicité. Mais comme je n’avais pas non plus  envie de traumatiser mes lecteurs, j’ai tenté un compromis. Je n’en dis pas plus.

De fait, si j’avance des pions dès le début du livre à propos de cette fameuse fin, ce n’est pas pour torturer qui que ce soit : c’est, au contraire, pour atténuer une éventuelle déception, pour préparer psychologiquement le lecteur à l’idée que, peut-être, tout ne se passera pas comme sur des roulettes. J’ai toujours aimé les livres ou les films qui procèdent ainsi. Le fabuleux Tombeau des Lucioles de Takahata est déjà à la limite du supportable : au moins nous habitue-t-il à l’idée, dès les premières images, qu’il est inutile d’espérer. Et idem pour Lawrence d’Arabie de David Lean, qui commence par la séquence où Lawrence trouve la mort en moto. Au moins, « on sait ».

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 Je vous rassure quand même : rien d’aussi tragique dans Sublutetia 3. Encore que, encore que… Oui, là, en revanche, c’est bien de la torture !

Un wallaby à Highgate

Moi aussi, dorénavant, j’ai mes propres « irréguliers » de Highgate (comprendre : mes informateurs). Et pas plus tard qu’hier soir, j’ai reçu un message de la plus haute importance : il y a désormais un wallaby en liberté dans le cimetière de Highgate. Oui, un wallaby, l’une de ces espèces de « mini-kangourous » que l’on trouve en général sous d’autres latitudes. Comment est-il arrivé là ? Mystère. Mais plusieurs visiteurs l’ont déjà vu, et l’un des guides du cimetière a même réussi à le prendre en photo. Comme me le signalait David (mon agent secret londonien, donc), voilà un détail que personne n’aurait pris au sérieux si j’avais décidé de l’inclure dans Sublutetia 3 !

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Rockin’ Johnny et disques fétiches

J’ai toujours aimé les classements, principalement parce qu’il faut inlassablement les recommencer : vive les « work in progress » permanents ! Et puisque la sortie de Rockin’ Johnny approche, j’ai décidé de partager avec vous une liste aussi subjective qu’arbitraire : mes dix albums de rock préférés. Bien sûr, pour établir une telle liste, il y a des règles. Par exemple, j’ai essayé de me limiter à un disque par groupe ou artiste (en trichant avec les carrières solo d’anciens membres d’un groupe). J’ai aussi essayé de brasser le plus d’époques possibles. Et qu’il soit bien entendu que si je refaisais cette liste demain, elle serait peut-être différente. C’est parti… et n’hésitez pas à partager la vôtre, si le coeur vous en dit.

Revolver, The Beatles (1966)

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Choisir un disque des Beatles… Un seul ! Mission impossible. Revolver n’est probablement pas leur chef-d’oeuvre (on est en droit de trouver qu’Abbey Road est un aboutissement plus flamboyant), mais c’est sans doute l’un de ceux où je me sens le mieux. Et puis, il y a Eleanor Rigby, quand même…

Diamond Dogs, David Bowie (1974)

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Une période de transition géniale pour Bowie, qui sortait de sa période « glam » et s’acheminait petit à petit vers quelque chose de plus expérimental et plus résolument moderne. C’est le premier disque de David Bowie que j’ai acheté, au Virgin des Champs-Elysées depuis peu disparu. Une ambiance lugubre, mais Bowie est à l’un de ses sommets tant comme chanteur que comme compositeur.

Red, King Crimson (1974)

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J’ai connu King Crimson sur le tard, après des années à me moquer gentiment du rock-prog. Aujourd’hui, c’est un groupe qui compte beaucoup pour moi. Cet album comporte l’un des plus beaux morceaux jamais composés, Starless.

 

Tug Of War, Paul McCartney (1982)

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On cite rarement Tug Of War comme un chef-d’oeuvre de McCartney en solo, et pourtant ! Quand on s’y penche, c’est un album quasiment parfait. Il y a des petites perles oubliées comme The Pound Is Sinking, des morceaux bouleversants comme Here Today ou Wanderlust, et même une chouette balade country-rock en compagnie de Carl Perkins, que les héros de Rockin’ Johnny auraient très bien croiser. Je continuerai à le préférer à Band On The Run ou même Ram.

Trompe Le Monde, The Pixies (1991)

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Ce n’est pas pour faire mon intéressant : il est de bon ton de ne pas aimer ce dernier disque des Pixies. Mais je le considère comme leur plus belle réussite, avec des morceaux d’une puissance rarement égalée. Black Francis est un génie, on ne le répètera jamais assez.

The Duckworth Lewis Method, The Duckworth Lewis Method (2009)

Une découverte récente, qui s’est rapidement hissée dans mon top 10. On peut difficilement imaginer un disque de pop plus abouti. La grâce mélodique de Neil Hannon se prête à merveille au talent de songwriter de Thomas Walsh. Les morceaux sont variés, légers, et débordent d’enthousiasme. Un petit chef-d’oeuvre.

Dirty, Sonic Youth (1992)

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Ma découverte de Dirty était une rupture franche avec tout ce que je connaissais auparavant. Je passais du rock bien établi des années 60 et 70 à quelque chose d’une violence sonore inouïe. On a coutume de dire que Dirty est l’album de Sonic Youth le plus « écoutable » par un néophyte. Peut-être bien : en attendant, en pleine vague grunge, ces « patriarches » avaient montré qu’ils étaient toujours les boss.

Blur, Blur (1997)

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J’aime Blur depuis Parklife, qui les a fait exploser en France et ailleurs. Je connais peu de groupes qui aient à ce point su évoluer dans le bon sens. Cet album était peut-être le tournant de leur carrière, une manière de signifier à ces abrutis d’Oasis qu’ils n’avaient plus envie de poursuivre la course au « qui c’est qui ressemble le plus aux Beatles ? ». Balades somptueuses, pop impeccable et bruitisme contrôlé : je suis toujours aussi admiratif.

S.F. Sorrow, The Pretty Things (1968)

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Une autre découverte tardive. Un opéra-rock un peu passé de mode (à vrai dire, il n’a pas connu le succès escompté à sa sortie), qui est lié à de jolis souvenirs. A mon sens bien plus écoutable que Tommy de The Who, sorti peu après avec un concept proche.

Kimono My House, The Sparks (1974)

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Le disque-culte des Sparks, qui s’ouvre sur l’invraisemblable This Town Ain’t Big Enough For The Both Of Us. Une merveille de décadence, de second degré, qui aligne des titres parfaits au gré d’une production miraculeuse. Un disque de chevet !

10, c’est décidément trop peu ! Quid de The Head On The Door de The Cure, d’Harvest de Neil Young, de Blood On The Tracks de Dylan ou All Things Must Pass de George Harrison ? Chacun mériterait d’être là aussi. On verra pour la version longue !

 

Rockin’ Johnny : les titres cachés

Rockin’ Johnny n’abrite sans doute pas quelque message secret, mais on y retrouve toutefois mon goût pour ce que mes professeurs auraient appelé… l’intertextualité. Oui, à vos souhaits. En clair, je me suis amusé à cacher dans le texte des clins d’oeil à quelques morceaux mythiques (parfois bien plus tardifs que ceux de l’époque où se déroule Rockin’ Johnny). A vrai dire, au fil des corrections, il en est un peu moins resté. Par exemple, je tenais absolument (allez savoir pourquoi) à caser une allusion à Bad Moon Rising de Creedence Clearwater Revival. Mais je me suis retrouvé empêtré avec une phrase bien lourdingue (c’était plus ou moins le premier couplet traduit), et personne ne comprenait pourquoi j’insistais à ce point pour la garder (« - Non, mais Vincent, en fait, si tu traduis en anglais, ça… » « - Oui, mais ça ne me semble pas nécessaire, tu sais. »). Au final, j’en compte au moins trois, plus ou moins directes. Si vous les devinez, n’hésitez pas à venir partager vos trouvailles dans les commentaires !

Sublutetia 3 : questions en l’air

En matière de littérature, BD, cinéma ou télévision, je me suis toujours méfié des séries qui jouent la carte du mystère sur la durée. Plus un mystère se prolonge et s’épaissit, plus l’attente du lecteur/spectateur devient grande. Et le souci, c’est que l’attente croît beaucoup plus vite que le mystère ne se construit. A l’arrivée, le mystère est peut-être plus touffu que jamais, mais l’attente, elle, a atteint des sommets. Et il lui faut une révélation au moins à la même hauteur, sous peine d’engendrer une très grande déception.

Au risque de paraître présomptueux, je ne connais que très peu de séries « à mystère » de longue durée qui soient sorties de cet exercice par le haut. Le méta-mystère a ses limites. De fait, je crois que je préfère très largement les séries qui concentrent leur mystère sur une durée modeste… voire celles qui choisissent de ne rien révéler, aussi frustrant que cela puisse sembler de prime abord. Mais au fond : avez-vous vraiment envie qu’on vous explique un tour de magie ? N’est-ce pas mieux de le voir ?

Dans Sublutetia 3, soyez prévenus, certaines choses resteront en plan. Des petits détails pas expliqués. Ce n’est pas que j’ai oublié de me relire, c’est que, tout simplement, je considère qu’un mystère peut éventuellement se suffire à lui-même. L’intrigue principale se dénoue, bien entendu, mais… pas de la manière directe et univoque que l’on peut sans doute imaginer.

Ma référence en la matière reste et restera toujours Le Prisonnier de et avec Patrick McGoohan. On ne comprend rien au début, et à la fin… il n’est pas impossible qu’on soit encore plus perdu. Mais la vérité, c’est qu’au fond, je n’ai jamais eu envie de vraiment savoir le pourquoi de cette histoire de fous. Toute explication aurait été, forcément, décevante. Et puis, donner une explication définitive, c’est sonner la vraie fin de l’histoire. Et je n’aime pas que les histoires se terminent. Dans la fiction comme dans la vie.

« Un sucre ou deux sucres ? »

Après la diffusion du dernier épisode, Patrick McGoohan a plus ou moins failli se faire lyncher ; j’espère que la fin du Ventre de Londres vous inspirera d’autres pensées. Toutefois, sachez que le livre se referme, justement, sur un clin d’oeil à la série Le Prisonnier. Le journal que vous pouvez voir à la fin (le Tally Ho !), toujours aussi brillamment illustré par Rémi Saillard, c’est celui que lit le N°6 dans le fameux village du Prisonnier.

Pour l’heure, bonjour chez vous !