Un cadeau pour les lecteurs de Sublutetia

Je n’allais quand même pas laisser la semaine se terminer sans offrir à mes lecteurs un petit cadeau !

La trilogie Sublutetia a pris fin au coeur de l’automne. L’année prochaine, mon nom sera sur la couverture d’un roman qui n’a plus rien à voir avec le métro et les souterrains. Mais ce n’est pas pour cela que le monde de Sublutetia a cessé d’exister. Keren, Nathan et les autres existeront tant que l’on pensera à eux. Moi… ou vous, d’ailleurs.

A cette période, les anglo-saxons ont coutume de livrer des « Christmas Specials », à savoir des récits inédits qui permettent de retrouver brièvement quelques personnages populaires. La mode a commencé en littérature (pas forcément sous ce nom, cependant), et s’est assez vite étendue au monde de la télévision. Et pourquoi Sublutetia n’aurait pas aussi son « Christmas Special », hein ? Voilà donc, rien que pour vous, un petit chapitre inédit de Sublutetia, qui répond à une question que vous vous êtes peut-être posée : comment arrive-t-on à Sublutetia, quand on n’est ni Keren, ni Nathan ? La réponse se trouve ici. Ce n’est pas grand-chose : juste l’occasion de prolonger encore un peu le plaisir avec vous. Et cela peut se lire même si l’on ne connait que le tome 1.

Joyeux Noël !

Un conte de Noël Sublutétien

Cadeaux de Noël

Je sais, il est de bon ton de critiquer « l’esprit de Noël », d’en dénoncer l’hypocrisie, etc. On ne se refait pas : nous autres, français, avons l’esprit retors et quelques scrupules à nous abandonner à la liesse générale. La candeur nous est suspecte, et le premier degré est définitivement persona non grata. C’est ce qui fait notre charme ; et c’est aussi ce qui fait que toutes nos cérémonies officielles ressemblent à des enterrements, alors que chez les anglo-saxons, on a toujours l’air de bien s’amuser. Tout ceci pour dire que moi, je n’ai pas du tout envie de bouder cette période où tout concourt à ce que l’on passe un bon petit moment loin des soucis (à condition de ne pas avoir de bec et de plumes blanches, bien entendu).

Je crois être à peu près au point sur les cadeaux. Et en pointant ma liste, je n’ai pu m’empêcher de repenser aux « cadeaux de Noël » que j’avais le plus attendus au cours de ma vie. Evidemment, c’est durant l’enfance que tout cela est le plus intense. Je ne vais pas vous infliger une liste exhaustive (et je doute de pouvoir tout me rappeler), mais juste une petite sélection.

(merci à www.pulps.fr pour la photo que j’ai piquée sans vergogne)
Bon, on commence donc par le jouet Goldorak que j’avais eu au Noël 1979. J’en rêvais la nuit, de ce robot en métal et de sa soucoupe ! Au final, je n’y ai pas tant joué que ça. Pour m’amuser, il me fallait un univers complet. Et contre qui je pouvais le faire se battre, ce robot ? Pas contre mes autres jouets, en tous les cas. Et puis, je n’arrêtais pas d’égarer les poings éjectables. Enfin en tous les cas, je l’ai attendu comme on cherche le Saint Graal.
La même année, j’ai eu également ceci :

eric joue bigjim

 

Cette jeep Big Jim, qu’est-ce que j’ai pu l’utiliser, en revanche ! D’ailleurs, je l’ai toujours quelque part dans un carton. Les phares qui s’allument, les roues montées sur suspension, le projecteur sur le capot… Ca, c’était du beau jouet ! Et au cas où vous poseriez la question… OUI, c’est bien moi sur la photo à cette même époque.

Bon, ça, c’était plus tard, bien sûr. Je devais être en CM2, à vue de nez. Ce qui nous amène à l’année 1983. Là encore, j’étais complètement obsédé par ce jouet. Pour info, c’était l’équivalent pour la série de jouets « Les Maîtres de l’Univers » (Musclor, Skeletor, etc) de… hum… la maison de Barbie. Sauf qu’à la place de la coiffeuse ou du lit à baldaquin, il y avait des trappes, des râteliers d’armes, des engins de torture divers. J’avoue que là aussi, je me suis dit, en ouvrant la boîte : « Mmm… alors, c’est… juste ça ? Je le pensais plus grand ». C’est vrai que c’était bien cher (à l’époque : 300FF, soit moins de 50€ d’aujourd’hui) pour ce que c’était. Mais le même Noël, j’avais eu des tas d’autres chouettes cadeaux, comme les Dingodossiers de Gotlib et Goscinny.

Le collège, ça a été ma grande période « jeux de rôles » (personne n’est parfait, pas vrai ?). Et même si l’Appel de Cthulhu était passé par là, tempérant mon attrait pour le médiéval-fantastique, j’avais craqué pour ce jeu centré sur les légendes Arthuriennes. Je n’y ai pas tant joué que ça, mais je n’exclus absolument pas de m’y remettre à l’occasion !

Voilà un petit saut temporel. Nous sommes en 1988 et je suis en seconde. Ce n’est pas l’Atari ST qui a développé mon côté geek, mais nul doute qu’il y a grandement contribué. Un ordinateur que j’ai gardé un certain temps, et à qui je dois d’avoir appris beaucoup de choses en matière de programmation. A l’époque, tout le monde pensait que je deviendrai informaticien. J’ai même dû le penser (et le vouloir) moi-même. Mais la vérité, c’est que cet Atari m’a surtout servi de machine à écrire pour rédiger mes premières nouvelles (enfin… pas les premières au sens strict, mais pas loin tout de même).

Ah, les livres de Huitième Art sur les séries TV… A l’époque, je fréquentais beaucoup la librairie des regrettés époux Oswald. J’étais fan du Prisonnier, et bien sûr de Chapeau Melon et bottes de cuir. Les deux premiers ouvrages co-écrits par Alain Carrazé (la mémoire vivante des séries) dans cette collection n’étaient pas donnés, mais déployaient une iconographie de dingue. J’ai en revanche un doute sur l’année : 1990 ou 1991 ?

Et bien voilà… Je pourrais continuer, bien entendu, mais je crois que ce tour d’horizon est déjà assez représentatif de mes lubies à travers les (mes) âges ! Et vous, au fait, vos « cadeaux-cultes », quels étaient-ils ?

Pour qui écrit-on ?

Il y a déjà un petit moment, j’avais lu une interview de Philip Pullman où celui-ci expliquait que quand il écrivait, il le faisait sans se soucier d’un public-cible. Ceci expliquant peut-être la difficulté qu’ont les éditeurs à cataloguer La Croisée des mondes, qui se promène aussi bien dans les collections adultes que dans les collections jeunesse. Tiens, prenez aussi le cas du Seigneur des anneaux : quand je l’ai lu (je devais être en cinquième), il ne se trouvait en petit format que dans la collection Livre de Poche « adulte ». Ce n’est que quelques années plus tard qu’il a été récupéré par Folio Junior, et j’en avais d’ailleurs été tout perturbé. On pourrait multiplier les exemples de ces livres qui, au gré du temps, sont considérés tantôt comme de la littérature adulte, tantôt comme de la littérature jeunesse : L’île au trésor, 20.000 Lieues sous les mers, etc. Est-ce que Tolkien et les autres savaient pour qui ils écrivaient ? Difficile de faire une généralité. Stevenson, par exemple, pensait à son jeune beau-fils Lloyd Osbourne en écrivant ses récits de pirates, et L’île au trésor a d’ailleurs commencé par paraître en feuilleton dans une revue pour la jeunesse. Mais quid des autres ? Et de manière plus générale, est-ce que savoir que l’on écrit pour la jeunesse devrait changer quoi que ce soit ?

L’austère édition « adulte » du Seigneur des Anneaux.

En réalité, « écrire pour la jeunesse », ce n’est que le cas particulier d’une question plus vaste. Et la poser ainsi, c’est s’exposer à ce qu’elle soit mal comprise. Je pense que l’on écrit toujours un peu pour quelqu’un (« moi, j’écris pour les bêtes… », disait Deleuze. J’essaie encore de comprendre), et que cette idée influence l’écriture.
Est-ce qu’écrire pour la jeunesse implique un travail « différent » ? Probablement, oui. Est-ce qu’écrire pour la jeunesse implique un travail moins difficile, moins exigeant, et un résultat plus pauvre, d’une moindre valeur littéraire ? Là, pour le coup, certainement pas. Non mais !

Les digressions, longues descriptions, monologues intérieurs « psychologisants » sont réputés éjecter les lecteurs les moins aguerris hors du récit, eux qui a besoin, avant tout, que l’action progresse à un rythme soutenu. C’est sans doute vrai pour de nombreux jeunes lecteurs. Mais il serait plus honnête de dire que c’est vrai aussi pour de nombreux lecteurs adultes. Les amateurs de Balzac et de Proust se font assez rares dans toutes les tranches d’âge, n’est-ce pas ? Mon parti-pris consiste effectivement à décrire l’action de l’extérieur, sans rentrer dans la tête des personnages. C’est un peu différent quand j’écris à la première personne, bien sûr… mais pas tant que cela malgré tout, paradoxalement. Je me suis longtemps dit que c’était « ma manière d’envisager le roman jeunesse ». Mais la vérité, c’est que si j’écrivais pour les adultes, il y aurait de fortes chances pour que je fasse exactement pareil. Je n’ai jamais eu à me forcer le moins du monde pour écrire ainsi ; ce n’est pas « ma manière d’envisager le roman jeunesse », c’est tout simplement… ce que je sais faire. Dans l’absolu. Je crois savoir bien observer les situations et les gens, mais je ne sais pas ce qu’il y a dans leur tête… Alors, je me contente de parler de ce que l’on pourrait voir si on était à la place des personnages. Je ne suis pas sûr que je saurais faire autrement.

Ecrire pour la jeunesse : des problèmes de registre de langue, de vocabulaire ? Allez, oui, mais tellement pas graves ! En fait, ce ne sont même pas des problèmes, mais simplement de petites contraintes. Et si l’on creuse, on se rend compte que c’est certainement au niveau des thématiques qu’un écart entre littérature jeunesse et adulte existe vraiment. A moins de vraiment lui en vouloir, je ne conseillerai pas L’innommable de Beckett ou Le Festin nu de Burroughs à un enfant ou même un adolescent. Mais cela ne veut pas dire que les thèmes  susceptibles de plaire aux enfants soient restreints, au contraire. Il suffit d’aller en librairie pour s’en rendre compte. Les adultes sont souvent très ingrats avec les enfants qu’ils ont été, et oublient que leur ouverture au monde remonte à bien avant leur majorité.

Alors, pour répondre à la question initiale… Est-ce que quand j’écris, je pense « jeunesse » ? Oui. Mais en faisant cela, je ne fais pas emprunter un escalier dérobé à mes lecteurs. Je me contente juste de changer la hauteur de la première marche. L’escalier, lui, est le même que celui des adultes, et mène exactement au(x) même(s) lieu(x).