Carthage, Rome, situations impossibles… et Star Trek

En commençant à concevoir l’intrigue de mon « roman antique », les échos de celle-ci avec notre histoire récente n’ont pas pu faire autrement que de me sauter aux yeux. On y voit la superpuissance de l’antiquité (Rome) s’opposer à une autre puissance (Carthage), d’origine moyen-orientale, à laquelle il est reproché de concevoir en secret une arme terrible. Et ce, sans qu’aucune preuve formelle n’existe. Mon intention initiale n’était certainement pas de faire un cours de géopolitique, pas davantage que de donner mon opinion sur des conflits, passés ou larvés, dont les tenants et aboutissants dépassent très largement mes connaissances. Comme toujours, mon seul objectif était d’imaginer une bonne histoire, plaisante et riche en péripéties, et de la raconter du mieux que je pouvais. J’ai toujours pensé que dans mon domaine (je ne généraliserai pas à d’autres), le sous-texte devait s’imposer de lui-même plutôt que de constituer la raison d’être du récit. Dans le cas contraire, on en vient vite à s’embourber dans des considérations qui desservent très certainement l’histoire.

C’est en me lançant dans l’écriture pour de bon que je me suis rendu compte à quel point tout cela était délicat. Qu’il est compliqué d’écrire sur la guerre, les tensions entre pays, les préjugés ethniques, sans y mettre un peu de soi ! Comment, en tant qu’auteur, rester neutre face à des événements qui, dans la vie réelle, me feraient forcément réagir ? Le souci, c’est que je ne suis pas un penseur, mais un simple « raconteur ». Et pour bien des raisons (trop longues à développer dans un simple billet), je n’aime pas me mêler de morale.
Mon salut est venu de Star Trek. Oui, la série TV de science-fiction. Et plus précisément de Star Trek : The Next Generation (aka : ST TNG).

Avant de commencer l’écriture d’Elyssa de Carthage, j’étais justement en plein marathon TNG, enchainant les épisodes avec gourmandise. TNG, comme la série d’origine (TOS pour les intimes), ne repose pas tant sur les effets spéciaux et le grand spectacle que sur des cas de conscience métaphoriques ; les personnages y voient leurs convictions constamment remises en question, et apprennent qu’il est impossible d’envisager la réalité selon une seule perspective. Ainsi, le poids de la culture de chacun est une composante qui rend illusoire toute tentative de décision purement objective.
Ce sont les épisodes signés par Melinda M. Snodgrass qui, à mon sens, ont porté au plus haut l’esprit de la série : on ne s’y réfugie pas derrière la morale, on ne prétend jamais asséner « la » vérité absolue à travers les actes des personnages principaux… en revanche, on nous montre des êtres qui réagissent à des situations impossibles avec décence et dignité. Les héros de Melinda Snodgrass ne sont ni des exemples à suivre, ni des modèles à imiter : juste des cas particuliers qui règlent des dilemmes du mieux qu’ils peuvent, via des compromis, des renoncements, et des remises en cause de leurs propres dogmes. C’est fort de cet enseignement indirect que j’ai pu me lancer plus sereinement dans l’écriture de ce roman. Je ne crois pas que l’on puisse imaginer meilleure approche dans le cadre d’une fiction de divertissement.

Bref, merci Star Trek. Qui aurait cru que c’est en compagnie des capitaines Kirk et Picard, de Spock, Riker, Data, Worf, Deanna et McCoy que je trouverais la clé d’un récit antique ?

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