Rockin’ Johnny : le 16 octobre !

Il n’y a pas que Sublutetia dans la vie. Je veux dire, dans ma vie (pour ce qui est de la vôtre, je le souhaite de tout mon coeur). Le 16 octobre sortira Rockin’ Johnny, un livre-disque comme Didier Jeunesse sait si bien les faire, dont j’ai écrit le texte et préparé la sélection musicale. Il a été superbement illustré par Merlin (Christophe de son prénom, mais j’ai l’impression qu’il aime bien le « Merlin » tout seul), et lu, pour le CD, par Dominique Pinon dont on ne présente plus la gouaille.

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Rockin’ Johnny a été un travail très particulier pour moi. Tout d’abord, ce n’est pas moi qui en ai eu l’idée. Celle-ci vient de Michèle, mon éditrice, qui m’avait demandé si je me sentais capable d’écrire une histoire autour « des débuts du rock’n roll ». Je me souviens fort bien du jour et du moment précis : c’était lors de la petite soirée de lancement du premier Sublutetia. Il y a deux ans de cela donc. En pleine euphorie, j’ai répondu un « oui » enthousiaste ; on verra plus tard que j’avais été un peu présomptueux de répondre avec tant d’assurance.
Ensuite, Rockin’ Johnny est un album. Si je disais que « je n’avais encore jamais eu l’occasion de travailler sur un album », ce serait là encore un peu pompeux, dans la mesure, où, après tout, je ne suis « dans le métier » que depuis deux ans et à tout prendre, je ne peux pas me réclamer d’une très grande expérience dans le domaine du roman non plus. Il serait plus juste de dire qu’avant ce projet, je n’avais tout bêtement jamais songé à faire un album.

J’ai cru que tout cela serait simple, plus simple que d’écrire un roman. Seulement, j’ai très naïvement confondu « temps » et « difficulté ». Evidemment, écrire une histoire de 20 pages pour un album prend beaucoup moins de temps qu’un roman de 320 pages. Mais est-ce plus facile ? Je me suis vite rendu compte que non. J’ai eu beaucoup de mal à trouver le ton que je voulais donner au récit. J’ai fait des essais (jamais envoyés) dans un registre un peu onirique… Et mon premier envoi « officiel » n’était pas très concluant. Bref, il a fallu que je revienne plusieurs fois au clavier avant de trouver le bon angle et la bonne tonalité.
Du reste, il y avait un écueil supplémentaire : le texte est écrit pour être lu. Mes phrases à rallonge habituelles se prêtent assez mal à l’exercice, et de manière générale, une phrase qui passe bien à l’écrit peut se révéler très ingrate à l’oral. Sur ce plan comme tous les autres, j’ai pu compter sur l’aide constante de Michèle et Vincent de Didier Jeunesse, à qui on ne la fait plus. Au final, il y aura eu beaucoup d’allers et retours, mais on est plutôt content du résultat.

Ceci étant, il y a quelque chose de formidable dans le fait d’écrire un livre-disque : c’est une superbe leçon de modestie. En tant qu’auteur, on est peut-être au centre du processus en coulisses, mais une fois que l’album est sorti, il convient de s’effacer un peu devant la musique, le narrateur et, bien entendu, l’illustrateur. Et ça nous fait les pieds ! Ce qui est important, dans Rockin’ Johnny, c’est avant tout de découvrir toute cette musique et de se laisser absorber par les images. Pour ma part, je suis très heureux que mes mots aient pu servir de support au numéro de Dominique Pinon, d’une part, et aux dessins de Merlin d’autre part.
Sans flagornerie, je n’aurais d’ailleurs guère pu imaginer quoi que ce soit de plus fidèle aux images que j’avais en tête. Et pourtant, en relisant le texte, je me rends compte que celui-ci est assez succinct en matière d’indications. Ma grande chance a donc été de pouvoir collaborer avec un illustrateur qui, sans doute, partage avec moi beaucoup de références visuelles et culturelles. Les rues de Memphis, cette double-planche initiale avec le petit garçon dans l’arbre, la grange avec les musiciens : je me suis demandé si Merlin n’avait pas installé à mon insu un système pour m’espionner le cerveau. Un sorte de… Cogitomètre, vous savez !

Avoir l’album entre les mains, depuis hier, est une grande fierté. Tout comme l’a été le fait d’assister à l’enregistrement du texte par Dominique Pinon. Si j’avais pu me douter, en découvrant Delicatessen à 17 ans, que j’allais un jour écrire un texte pour ce sacré gaillard…

A chaque fois que je me rends à la Charité-sur-Loire, j’oublie de noter de qui est cette phrase, peinte sur une façade : « la musique commence quand les mots deviennent impuissants » (ou un truc du genre, hein). Avec Rockin’ Johnny, j’ai pu compter sur Elvis Presley, Chuck Berry, Howlin’ Wolf ou Fats Domino pour repousser mes limites : on pourrait se retrouver en plus mauvaise compagnie…