Sublutetia 3 : questions en l’air

En matière de littérature, BD, cinéma ou télévision, je me suis toujours méfié des séries qui jouent la carte du mystère sur la durée. Plus un mystère se prolonge et s’épaissit, plus l’attente du lecteur/spectateur devient grande. Et le souci, c’est que l’attente croît beaucoup plus vite que le mystère ne se construit. A l’arrivée, le mystère est peut-être plus touffu que jamais, mais l’attente, elle, a atteint des sommets. Et il lui faut une révélation au moins à la même hauteur, sous peine d’engendrer une très grande déception.

Au risque de paraître présomptueux, je ne connais que très peu de séries « à mystère » de longue durée qui soient sorties de cet exercice par le haut. Le méta-mystère a ses limites. De fait, je crois que je préfère très largement les séries qui concentrent leur mystère sur une durée modeste… voire celles qui choisissent de ne rien révéler, aussi frustrant que cela puisse sembler de prime abord. Mais au fond : avez-vous vraiment envie qu’on vous explique un tour de magie ? N’est-ce pas mieux de le voir ?

Dans Sublutetia 3, soyez prévenus, certaines choses resteront en plan. Des petits détails pas expliqués. Ce n’est pas que j’ai oublié de me relire, c’est que, tout simplement, je considère qu’un mystère peut éventuellement se suffire à lui-même. L’intrigue principale se dénoue, bien entendu, mais… pas de la manière directe et univoque que l’on peut sans doute imaginer.

Ma référence en la matière reste et restera toujours Le Prisonnier de et avec Patrick McGoohan. On ne comprend rien au début, et à la fin… il n’est pas impossible qu’on soit encore plus perdu. Mais la vérité, c’est qu’au fond, je n’ai jamais eu envie de vraiment savoir le pourquoi de cette histoire de fous. Toute explication aurait été, forcément, décevante. Et puis, donner une explication définitive, c’est sonner la vraie fin de l’histoire. Et je n’aime pas que les histoires se terminent. Dans la fiction comme dans la vie.

« Un sucre ou deux sucres ? »

Après la diffusion du dernier épisode, Patrick McGoohan a plus ou moins failli se faire lyncher ; j’espère que la fin du Ventre de Londres vous inspirera d’autres pensées. Toutefois, sachez que le livre se referme, justement, sur un clin d’oeil à la série Le Prisonnier. Le journal que vous pouvez voir à la fin (le Tally Ho !), toujours aussi brillamment illustré par Rémi Saillard, c’est celui que lit le N°6 dans le fameux village du Prisonnier.

Pour l’heure, bonjour chez vous !