Cogito argot sum

La plupart des représentations sérieuses du monde antique nous montrent des personnages s’exprimer de manière extrêmement châtiée, voire carrément grandiloquente. Comme si l’antiquité, dans son ensemble, n’avait été peuplée que de mauvais acteurs shakespeariens (et je me permets d’insister sur le « mauvais », bien sûr). On fait des grands phrases, on cite les philosophes ou Homère à tout bout de champ et en général, quand on s’adresse à quelqu’un, ce n’est pas pour lui demander le sel ou le poivre : on ne parle que de choses qui impliquent de grands desseins (a minima, on lui promet de raser son pays). De fait, ce type de représentation un rien ampoulée a fait école, et il est compliqué de s’en défaire tant elle colle à l’imaginaire collectif.

Pourtant, ce récent article du Daily Telegraph nous montre que les Romains n’avaient pas leur langue dans leur poche, et que la plupart des grossièretés que nous employons aujourd’hui ne datent pas d’hier. Entre les « m… à celui qui lira » très premier degré et les « va te faire… » divers et variés, les murs de la Rome antique étaient criblés de graffitis tout aussi crus que les nôtres. Bref, les Romains, dans l’intimité, parlaient avec le même relâchement que nous… et on se demande bien pourquoi il en aurait été autrement.

La première oeuvre à avoir ébranlé tout cela à grande échelle, c’est à mon sens la série TV Rome co-produite par HBO. Redoutablement rigoureuse et audacieuse dans sa peinture de cette période (oui, bon, le Sénat romain n’avait pas tout à fait cette tête, mais ne cherchons pas la petite bête : c’est du haut niveau malgré tout), Rome faisait parler ses personnages avec décontraction, sans emphase, et s’est même permis quelque chose d’ahurissant : employer le « F-word ». Pourquoi pas, après tout ? Dans la mesure où de toutes les manières, on accepte de voir des Romains parler en anglais, on aurait tort de s’en offusquer. Il devait bien y avoir l’équivalent dans le latin courant, et on imagine bien mal des soldats s’interdire ce genre de grossièreté.

Ciaran Hinds, le meilleur César de l’histoire des média animés !

Pour mon roman Elyssa de Carthage, la tonalité des dialogues a justement été ce qu’il y avait de plus compliqué à jauger. Je ne pouvais pas m’en remettre à trop de familiarités : la HBO fait ce qu’elle veut, moi, j’ai encore mes preuves à faire ! Du reste, il n’était pas possible de trop se couper d’une certaine imagerie non plus. Si vous écrivez :

- Je t’ai pas déçu, au moins ?
quoi qu’on fasse, on a du mal à s’imaginer en -150 av J.-C.

Mais si vous écrivez :
- T’aurais-je déçu ?
là, on y est. Enfin, on peut admettre qu’on y est, en tous les cas. Cela n’a pas forcément de sens historiquement, mais c’est une « couleur locale » qui emprunte à nos habitudes de lecture, de cinéma, etc. Je n’ai pas toujours pu y échapper ; mais peut-être parce que, comme je le disais plus haut, je ne me sens pas encore assez audacieux.

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J’ai relu Les Mémoires d’Hadrien de Marguerite Yourcenar (en cas de crise d’égo d’écrivain, je crois qu’on devrait toujours avoir un Yourcenar sous la main pour se rappeler à la modestie), mais surtout, avant de me mettre à écrire pour de bon, j’ai refait un peu de latin. Et oui. Armé d’un précis de grammaire Magnard (je dirais même : LE précis Magnard) et d’un Gaffiot fraichement acquis sur eBay (mais attention, hein : pas la nouvelle édition moche ; je parle bien de l’ancienne – en un sens, encore plus moche, mais d’une mocheté et d’une austérité plus assumées – avec sa couverture en toile brune et sa maquette qui n’avait pas bougé depuis les années 30), j’ai – laborieusement – entrepris de traduire des bouts de comédies de Terence : Salut l’Ami, adieu le trésor, Maintenant on l’appelle Plata, etc.

Ah, non, pardon, je me trompe de Terence, je confondais avec ce que j’ai regardé hier soir.

Le Terence que j’ai traduit est bien celui qui a écrit La jeune Fille d’Andros. Cela m’aura permis de me rendre compte que les traductions officielles y avaient insufflé bien trop de rigueur ; que ce qui était souvent léger et vif devenait empesé et guindé (je vais vous confier un secret : j’aimerais bien refaire une de ces traductions, un jour, si j’avais le courage de me remettre sérieusement au latin). En tous les cas, me replacer cette « musique latine » en tête m’aura beaucoup aidé au final. J’espère avoir trouvé un bon compromis entre le rythme propre au latin, une certaine liberté… et un reste de vieux clichés hollywoodiens.

 

Uchronie et anachronismes

J’ai pensé Elyssa de Carthage (dont le titre pourrait d’ailleurs changer d’ici parution), mon prochain roman, comme une uchronie. Toutefois, si l’on veut être très précis, il ne s’agit pas tout à fait de ça ; de même qu’il y avait débat sur la nature intrinsèquement « steampunk » de Sublutetia, il est bien possible qu’Elyssa de Carthage ne soit pas totalement « uchronique ». Allez, c’est parti pour une de ces séances de « coupage de cheveux en quatre » dont on a le secret par ici.

Une uchronie, classiquement, est une fiction prenant pour cadre une période historique connue, dans laquelle intervient une « singularité ». Cette singularité est un événement qui fait emprunter à l’Histoire un chemin différent ; elle peut intervenir durant le déroulement, ou même être le point de départ de la fiction. Un exemple typique, c’est Le Maitre du haut château de Philip K. Dick (d’ailleurs, ne le répétez à personne, mais à l’exception de ce livre, Dick m’a toujours ennuyé comme pas permis) : le roman part du postulat que les forces de l’Axe ont gagné la seconde guerre mondiale, et imagine le monde tel qu’il serait alors. Une Amérique occupée pour moitié par les Allemands, pour moitié par les Japonais, etc. Il ne s’agit donc pas d’un anachronisme, mais plutôt de l’évocation d’un univers parallèle.

Elyssa de Carthage possède, également, une « singularité ». Toutefois, à la différence de l’uchronie stricto sensu, cette singularité ne donne pas lieu à une réécriture de l’Histoire officielle. Mon credo, c’est plutôt d’imaginer un détail de notre Histoire qui n’aurait jamais été raconté. Evidemment, on peut partir du principe que c’est le cas d’absolument toutes les fictions historiques. Même s’il a bien existé un d’Artagnan, par exemple, l’histoire des trois mousquetaires est largement sortie de l’imagination de Dumas. Et on ne va quand même pas se mettre à parler d’uchronie pour une affaire de ferrets volés !
Pourtant, cette précaution étant prise, je continue à penser qu’Elyssa de Carthage tient davantage de l’uchronie que de la fiction historique classique. Parce que si l’on revient au final sur les rails de l’Histoire officielle, la « singularité » existe bel et bien et nous éjecte de la réalité connue pendant une bonne partie du livre. Il ne s’agit pas seulement d’inventer des personnages, mais de proposer quelque chose d’a priori impossible, qui aurait pu changer l’Histoire. Une potentialité.

Reste à savoir si ce « quelque chose » n’est pas, purement et simplement, un anachronisme. Mais ce qu’il y a de beau, avec la science-fiction, c’est que les anachronismes n’existent plus dès lors que l’on fait bien comprendre au lecteur… qu’ils sont là à dessein. Si je mets un téléphone dans la main d’un personnage du XVIIIème siècle, et qu’il apparait clairement que je ne sais pas quand le téléphone a été inventé, c’est un anachronisme ; mais si je précise que ce téléphone a été développé par un savant très en avance sur son temps, 80 ans avant Graham Bell, alors, tout se passe bien. Et on met un pied (ou du moins quelques orteils) dans l’uchronie. Comme vous le verrez dans un an, c’est exactement ce qui se passe avec Elyssa de Carthage.

La série TV Rome avait réussi un coup de maître : mélanger la petite Histoire (celle de deux soldats quasi-anonymes) à la grande. Les destins se croisent, s’entremêlent, mais on ne prend pas de liberté avec le réel. La théorie sur la naissance de Césarion vaut ce qu’elle vaut, mais elle ne met pas en cause, profondément, l’histoire telle qu’on la connait. Dans Elyssa de Carthage, on est aux portes d’un univers parallèle. On fait un pas à l’intérieur, deux, même, mais la plupart du temps, on tâche de rester à sa frontière.

Je ne sais pas s’il y a un nom pour cela. Une quasi-uchronie ? Allez, j’ai un an pour y penser. Entre autres choses !

Paris Dessus / Dessous

Hier, j’avais l’honneur d’être jury du concours Paris Dessus / Dessous organisé par le Pavillon de l’Arsenal et Paris Mômes. L’objet du concours était d’imaginer un Paris souterrain (à partir d’un dessin de base, même si certains s’en sont allègrement affranchis), et on comprendra sans mal que l’idée me parlait pas mal a priori. Evidemment, l’entreprise avait un caractère un peu intimidant. Pas tellement en soi, mais parce que j’étais pour l’occasion entouré d’éminents architectes, urbanistes… bref, des individus qui ne se contentent pas de rêver Paris devant un clavier, comme moi, mais qui le transforment pour de bon. Mais mon appréhension s’est envolée en chemin : une bonne averse de grêle qui vous tombe dessus quand vous êtes à scooter, rien de tel pour vous remettre les idées en place ! Je suis arrivé trempé jusqu’à l’os, glacé, rêvant d’un bol de Viandox fumant, et au final, comme tout le monde était charmant, j’ai mis mon éternel complexe dans ma poche.

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Bon, et les dessins, alors ? Evidemment, je ne peux rien déflorer avant la remise officielle des prix. Mais que de belles choses ! Si certains dessins se détachaient par une certaine maitrise technique, la plupart regorgeaient d’idées incroyables. En fait, comme je l’ai dit lors des délibérations, je crois qu’il n’y a aucune idée, dans la trilogie Sublutetia, qui n’ait été présente dans les dessins que j’ai vus hier. On retrouvait les champignons, le réseau d’air comprimé, la voûte qui apporte la lumière, les animaux égarés (même si on faisait bizarrement beaucoup plus dans la baleine bleue et le dragon que dans le singe), et même, même… une grande roue qui sert de générateur d’énergie ! Ca, c’était le bouquet. Il y avait des choses plus originales, auxquelles je n’avais pas pensé : des agences Sofinco souterraines, par exemple. Mais pourquoi pas, après tout : même quand on est poursuivi par un orang-outan, on peut avoir besoin d’un petit crédit à la consommation.

DSC_0287On pourrait en conclure que j’ai, au fond, l’imagination d’un enfant de neuf ans.
En réalité, c’est un peu différent : j’ai l’imagination de plusieurs enfants de neuf ans.

Bravo aux concouristes, en tous les cas, que j’ai hâte de rencontrer lors de la remise des prix.

 

Sublutetia 3 : right or wrong ?

S’il y a bien quelque chose dont je me sois fait une spécialité sournoise, c’est de mélanger le vrai et le faux dans mes histoires. Une dose de « vrai », ça permet de mieux faire avaler le « faux » par la suite. Un peu comme l’enrobage dragéifié d’un cachet d’ibuprofène (non, oubliez cette comparaison, c’est n’importe quoi, en fait : j’écris ça juste parce que je viens de me réveiller avec une migraine). On m’a régulièrement demandé si les « hypnofonges » de Sublutetia existaient vraiment, par exemple. Et si la réponse est non, il est toutefois vrai que des champignons étaient cultivés naguère sous Paris.

J’ai pensé qu’il serait amusant, pour ceux qui ont déjà lu Sublutetia 3, d’avoir les réponses à quelques unes de ces questions. Mais avant de lire… essayez de parier avec vous-même !

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Un match de cricket peut durer plusieurs jours.
VRAI. Hélas.

Il y a une façade creuse au 23-24 Leinsters Garden à londres
VRAI. Vous pouvez même aller vérifier !

On a déjà essayé d’utiliser des lapins pour des tâches policières.
FAUX. Ou plutôt : « not that I’m aware of », comme on dit là-bas.

Des gens ont  transformé une plate-forme en haute mer en mini-royaume de pacotille.
VRAI. Cela s’appelle le Sealand. Toutefois, les habitants en étaient beaucoup moins antipathiques que ceux de Sublu 3. Aussi fous, ça, ça ne fait pas un pli.

Highgate Cemetery servait de « maison de retraite secrète » à des personnalités qui voulaient se faire passer pour mortes.
FAUX. Quand même, il y a des limites.

Ah, et le tunnel souterrain avec système hydraulique entre l’aile Ouest et Est de Highgate ?
VRAI. Il n’est plus en activité, on n’en parle que très peu, mais il existe. J’en ai vu l’entrée et la sortie !

Est-il vraiment interdit de se promener avec un parapluie ouvert dans Burlington Arcade, à Londres ?
VRAI. En théorie, en tous les cas, mais je n’ai jamais essayé.

Y a-t-il un point de loi anglaise qui permette de « gagner » le borough de Londres à l’issue d’un match de cricket ?
FAUX. Mais compte tenu de ce qui existe vraiment dans la loi anglaise, cela n’aurait rien eu d’étonnant.

Alors, votre score ?

D’Arthur à Jules

En CM1 ou en CM2, on avait un petit livre de lecture plutôt moins ringard que le Lagarde et Michard, avec une manière de présenter les textes assez sympathique. Un beau matin, j’étais tombé (un peu par hasard, parce que je n’ai pas le souvenir qu’on l’ait étudié en classe) sur un passage tiré de la légende arthurienne (à vue de nez, de Le Morte Darthur) ; celui où Arthur, blessé à mort, demande à Perceval d’aller lancer l’épée Excalibur à la mer. Il n’en fallait pas plus : en quelques lignes, j’étais conquis et j’allais me mettre à lire (dans des versions plus ou moins expurgées et avec, en amuse-gueule, le mythique recueil de Laurence Camiglieri) tout ce que je pouvais trouver à propos du cycle Arthurien. Tout cela se trouva conforté par la découverte du film Excalibur de John Boorman – un éblouissement qui n’a toujours pas faibli à mes yeux.

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A cette époque, je ne nourrissais pas d’intérêt particulier pour l’antiquité. Autour de moi, en primaire, les jeunes gens qui ne s’intéressaient à rien avaient tous au moins un bouquin illustré sur la vie dans la Rome ou la Grèce antique, voire des figurines Starlux de légionnaires ou de gladiateurs. Je trouvais le moyen-âge plus mystérieux, plus brumeux, et l’antiquité somme toute très – trop – lumineuse.

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Arrivé à la vingtaine, tout cela a changé (mais qu’est-ce qui ne change pas à la vingtaine, hein ?). Lassé par l’imagerie médiévale véhiculée par l’heroic-fantasy moderne (même si, en bon gros snob, je continuais à me repaître de classiques du genre, ceux des années 30-50), je me suis mis à lire, tout d’abord, des mythes grecs (merci Robert Graves), puis l’Illiade, l’Odyssée (découvrant à mon grand étonnement que je préférais le premier des deux), l’Enéide, tout ça avant de sombrer dans « la dure » : Tacite, Suétone, Hérodote, Apulée et les copains. Au passage, je me suis découvert une passion pour le paradoxal Jules César, et de manière générale, pour la fin de la République. Pourquoi ? Sans doute parce que cette époque ressemble beaucoup à une version expurgée de la nôtre, la technologie en moins.

vintagefestTout ça pour dire que mon prochain roman se passera (en partie) dans la Rome antique ; que je l’ai presque terminé et que ça n’aura pas été facile. Mais on aura l’occasion d’en recauser par ici : j’ai évidemment beaucoup de choses à en dire !

D’ici là… valete.

La fin avant le début

Tout récemment, j’ai eu le plaisir de lire une très gentille critique de Sublutetia 3, qui sous-entendait avec bienveillance que, peut-être, j’avais eu envie de torturer mes lecteurs dès le début du livre en leur brandissant le spectre d’une fin pas tout à fait heureuse. Ce n’est pas tout à fait le cas… mais ce n’est pas totalement faux non plus.

En préambule, il me faut bien dire que je suis plutôt client des histoires qui finissent bien. Quand on s’est pris d’affection pour des personnages, les voir disparaitre ou voués au malheur n’a rien de très réjouissant. Il y a même des films que j’hésite à revoir, sachant que le héros casse sa pipe à la fin (comme… non, je ne vais pas le dire, après tout, vous ne l’avez peut-être pas vu). C’est, émotionnellement parlant, quelque chose qui m’est toujours un peu dur à vivre en tant que lecteur ou spectateur.

Quand on passe de l’autre côté et que l’on devient maitre de l’histoire, cependant, c’est différent. Ce qui nous plait en tant que lecteur/spectateur nous paraît tout à coup insatisfaisant, trop facile. On se met à penser que l’on sera jugé non pas sur le bonheur que l’on apporte, mais sur une sévère évaluation de notre imagination et de notre maitrise du récit. Avec Sublutetia 3, c’est précisément ce qui s’est passé : je ne voyais pas comment finir le récit sur une note totalement positive sans céder à la simplicité. Mais comme je n’avais pas non plus  envie de traumatiser mes lecteurs, j’ai tenté un compromis. Je n’en dis pas plus.

De fait, si j’avance des pions dès le début du livre à propos de cette fameuse fin, ce n’est pas pour torturer qui que ce soit : c’est, au contraire, pour atténuer une éventuelle déception, pour préparer psychologiquement le lecteur à l’idée que, peut-être, tout ne se passera pas comme sur des roulettes. J’ai toujours aimé les livres ou les films qui procèdent ainsi. Le fabuleux Tombeau des Lucioles de Takahata est déjà à la limite du supportable : au moins nous habitue-t-il à l’idée, dès les premières images, qu’il est inutile d’espérer. Et idem pour Lawrence d’Arabie de David Lean, qui commence par la séquence où Lawrence trouve la mort en moto. Au moins, « on sait ».

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 Je vous rassure quand même : rien d’aussi tragique dans Sublutetia 3. Encore que, encore que… Oui, là, en revanche, c’est bien de la torture !

Un wallaby à Highgate

Moi aussi, dorénavant, j’ai mes propres « irréguliers » de Highgate (comprendre : mes informateurs). Et pas plus tard qu’hier soir, j’ai reçu un message de la plus haute importance : il y a désormais un wallaby en liberté dans le cimetière de Highgate. Oui, un wallaby, l’une de ces espèces de « mini-kangourous » que l’on trouve en général sous d’autres latitudes. Comment est-il arrivé là ? Mystère. Mais plusieurs visiteurs l’ont déjà vu, et l’un des guides du cimetière a même réussi à le prendre en photo. Comme me le signalait David (mon agent secret londonien, donc), voilà un détail que personne n’aurait pris au sérieux si j’avais décidé de l’inclure dans Sublutetia 3 !

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Rockin’ Johnny et disques fétiches

J’ai toujours aimé les classements, principalement parce qu’il faut inlassablement les recommencer : vive les « work in progress » permanents ! Et puisque la sortie de Rockin’ Johnny approche, j’ai décidé de partager avec vous une liste aussi subjective qu’arbitraire : mes dix albums de rock préférés. Bien sûr, pour établir une telle liste, il y a des règles. Par exemple, j’ai essayé de me limiter à un disque par groupe ou artiste (en trichant avec les carrières solo d’anciens membres d’un groupe). J’ai aussi essayé de brasser le plus d’époques possibles. Et qu’il soit bien entendu que si je refaisais cette liste demain, elle serait peut-être différente. C’est parti… et n’hésitez pas à partager la vôtre, si le coeur vous en dit.

Revolver, The Beatles (1966)

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Choisir un disque des Beatles… Un seul ! Mission impossible. Revolver n’est probablement pas leur chef-d’oeuvre (on est en droit de trouver qu’Abbey Road est un aboutissement plus flamboyant), mais c’est sans doute l’un de ceux où je me sens le mieux. Et puis, il y a Eleanor Rigby, quand même…

Diamond Dogs, David Bowie (1974)

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Une période de transition géniale pour Bowie, qui sortait de sa période « glam » et s’acheminait petit à petit vers quelque chose de plus expérimental et plus résolument moderne. C’est le premier disque de David Bowie que j’ai acheté, au Virgin des Champs-Elysées depuis peu disparu. Une ambiance lugubre, mais Bowie est à l’un de ses sommets tant comme chanteur que comme compositeur.

Red, King Crimson (1974)

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J’ai connu King Crimson sur le tard, après des années à me moquer gentiment du rock-prog. Aujourd’hui, c’est un groupe qui compte beaucoup pour moi. Cet album comporte l’un des plus beaux morceaux jamais composés, Starless.

 

Tug Of War, Paul McCartney (1982)

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On cite rarement Tug Of War comme un chef-d’oeuvre de McCartney en solo, et pourtant ! Quand on s’y penche, c’est un album quasiment parfait. Il y a des petites perles oubliées comme The Pound Is Sinking, des morceaux bouleversants comme Here Today ou Wanderlust, et même une chouette balade country-rock en compagnie de Carl Perkins, que les héros de Rockin’ Johnny auraient très bien croiser. Je continuerai à le préférer à Band On The Run ou même Ram.

Trompe Le Monde, The Pixies (1991)

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Ce n’est pas pour faire mon intéressant : il est de bon ton de ne pas aimer ce dernier disque des Pixies. Mais je le considère comme leur plus belle réussite, avec des morceaux d’une puissance rarement égalée. Black Francis est un génie, on ne le répètera jamais assez.

The Duckworth Lewis Method, The Duckworth Lewis Method (2009)

Une découverte récente, qui s’est rapidement hissée dans mon top 10. On peut difficilement imaginer un disque de pop plus abouti. La grâce mélodique de Neil Hannon se prête à merveille au talent de songwriter de Thomas Walsh. Les morceaux sont variés, légers, et débordent d’enthousiasme. Un petit chef-d’oeuvre.

Dirty, Sonic Youth (1992)

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Ma découverte de Dirty était une rupture franche avec tout ce que je connaissais auparavant. Je passais du rock bien établi des années 60 et 70 à quelque chose d’une violence sonore inouïe. On a coutume de dire que Dirty est l’album de Sonic Youth le plus « écoutable » par un néophyte. Peut-être bien : en attendant, en pleine vague grunge, ces « patriarches » avaient montré qu’ils étaient toujours les boss.

Blur, Blur (1997)

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J’aime Blur depuis Parklife, qui les a fait exploser en France et ailleurs. Je connais peu de groupes qui aient à ce point su évoluer dans le bon sens. Cet album était peut-être le tournant de leur carrière, une manière de signifier à ces abrutis d’Oasis qu’ils n’avaient plus envie de poursuivre la course au « qui c’est qui ressemble le plus aux Beatles ? ». Balades somptueuses, pop impeccable et bruitisme contrôlé : je suis toujours aussi admiratif.

S.F. Sorrow, The Pretty Things (1968)

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Une autre découverte tardive. Un opéra-rock un peu passé de mode (à vrai dire, il n’a pas connu le succès escompté à sa sortie), qui est lié à de jolis souvenirs. A mon sens bien plus écoutable que Tommy de The Who, sorti peu après avec un concept proche.

Kimono My House, The Sparks (1974)

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Le disque-culte des Sparks, qui s’ouvre sur l’invraisemblable This Town Ain’t Big Enough For The Both Of Us. Une merveille de décadence, de second degré, qui aligne des titres parfaits au gré d’une production miraculeuse. Un disque de chevet !

10, c’est décidément trop peu ! Quid de The Head On The Door de The Cure, d’Harvest de Neil Young, de Blood On The Tracks de Dylan ou All Things Must Pass de George Harrison ? Chacun mériterait d’être là aussi. On verra pour la version longue !

 

Rockin’ Johnny : les titres cachés

Rockin’ Johnny n’abrite sans doute pas quelque message secret, mais on y retrouve toutefois mon goût pour ce que mes professeurs auraient appelé… l’intertextualité. Oui, à vos souhaits. En clair, je me suis amusé à cacher dans le texte des clins d’oeil à quelques morceaux mythiques (parfois bien plus tardifs que ceux de l’époque où se déroule Rockin’ Johnny). A vrai dire, au fil des corrections, il en est un peu moins resté. Par exemple, je tenais absolument (allez savoir pourquoi) à caser une allusion à Bad Moon Rising de Creedence Clearwater Revival. Mais je me suis retrouvé empêtré avec une phrase bien lourdingue (c’était plus ou moins le premier couplet traduit), et personne ne comprenait pourquoi j’insistais à ce point pour la garder (« - Non, mais Vincent, en fait, si tu traduis en anglais, ça… » « - Oui, mais ça ne me semble pas nécessaire, tu sais. »). Au final, j’en compte au moins trois, plus ou moins directes. Si vous les devinez, n’hésitez pas à venir partager vos trouvailles dans les commentaires !

Sublutetia 3 : questions en l’air

En matière de littérature, BD, cinéma ou télévision, je me suis toujours méfié des séries qui jouent la carte du mystère sur la durée. Plus un mystère se prolonge et s’épaissit, plus l’attente du lecteur/spectateur devient grande. Et le souci, c’est que l’attente croît beaucoup plus vite que le mystère ne se construit. A l’arrivée, le mystère est peut-être plus touffu que jamais, mais l’attente, elle, a atteint des sommets. Et il lui faut une révélation au moins à la même hauteur, sous peine d’engendrer une très grande déception.

Au risque de paraître présomptueux, je ne connais que très peu de séries « à mystère » de longue durée qui soient sorties de cet exercice par le haut. Le méta-mystère a ses limites. De fait, je crois que je préfère très largement les séries qui concentrent leur mystère sur une durée modeste… voire celles qui choisissent de ne rien révéler, aussi frustrant que cela puisse sembler de prime abord. Mais au fond : avez-vous vraiment envie qu’on vous explique un tour de magie ? N’est-ce pas mieux de le voir ?

Dans Sublutetia 3, soyez prévenus, certaines choses resteront en plan. Des petits détails pas expliqués. Ce n’est pas que j’ai oublié de me relire, c’est que, tout simplement, je considère qu’un mystère peut éventuellement se suffire à lui-même. L’intrigue principale se dénoue, bien entendu, mais… pas de la manière directe et univoque que l’on peut sans doute imaginer.

Ma référence en la matière reste et restera toujours Le Prisonnier de et avec Patrick McGoohan. On ne comprend rien au début, et à la fin… il n’est pas impossible qu’on soit encore plus perdu. Mais la vérité, c’est qu’au fond, je n’ai jamais eu envie de vraiment savoir le pourquoi de cette histoire de fous. Toute explication aurait été, forcément, décevante. Et puis, donner une explication définitive, c’est sonner la vraie fin de l’histoire. Et je n’aime pas que les histoires se terminent. Dans la fiction comme dans la vie.

« Un sucre ou deux sucres ? »

Après la diffusion du dernier épisode, Patrick McGoohan a plus ou moins failli se faire lyncher ; j’espère que la fin du Ventre de Londres vous inspirera d’autres pensées. Toutefois, sachez que le livre se referme, justement, sur un clin d’oeil à la série Le Prisonnier. Le journal que vous pouvez voir à la fin (le Tally Ho !), toujours aussi brillamment illustré par Rémi Saillard, c’est celui que lit le N°6 dans le fameux village du Prisonnier.

Pour l’heure, bonjour chez vous !