Sublutetia 3, Monty Pythons et humour

On a tous une vague idée de ce que peut-être l’humour britannique, mais en donner une définition est une autre paire de manches. On y associe les notion de non-sens, d’absurde, de finesse, de second degré… et pourtant, l’humoriste anglais le plus connu pour les gens de ma génération, c’est Benny Hill (jeunes lecteurs, estimez-vous chanceux d’y avoir échappé) : allez faire des généralités après ça !

Pour botter en touche, je dirais que « mon » humour anglais, c’est celui que maniaient dans le temps les Monty Pythons (à travers leur série TV Monty Python’s Flying Circus, puis dans des films comme Sacré Graal ou Le Sens de la vie), et que pratique encore avec génie quelqu’un comme Graham Linehan (Father Ted, The IT Crowd, Black Books : trois chefs-d’oeuvre de télévision). En parlant de lui, je serais tenté de vous dire que la boucle est bouclée, puisque c’est, paraît-il, à une fête qu’il organisait que se sont rencontrés Neil Hannon et Thomas Walsh, les musiciens que j’évoquais dans mon précédent billet. Mais nous nous égarons pas.

Sublutetia 3 se déroule en Angleterre, un pays auquel est associé une grande partie de mon imaginaire. Et même si, en grandissant, j’ai fini par comprendre que bon nombre de mes « anglais » préférés étaient en réalité écossais ou irlandais, je continue à vouer une grande admiration à tout ce que ce pays a pu produire dans le registre culturel – ou « pop-culturel ». Dans mon troisième tome, donc, j’ai voulu rendre hommage à quelques éléments de cette culture, parmi lesquels… l’humour. Du moins, celui du deuxième paragraphe (et certainement pas celui du premier).

Au premier rang : Eric Idle, Michael Palin et Terry Jones – Au second plan : Graham Chapman, John Cleese et Terry Gilliam

Question préliminaire : peut-on faire de l’humour anglais quand on est un écrivain français ? Réponse : on peut essayer. C’est ce que j’ai fait. Si j’ai en permanence besoin d’être rassuré (par mon éditeur, mes amis, par vous) sur ma capacité à être écrivain dans l’absolu, il y a tout de même une chose dont je suis sûr : je crois être un bon pasticheur. Les humoristes évoqués plus haut, j’en suis tellement imprégné qu’à défaut de pouvoir faire la même chose qu’eux, je peux au moins les imiter. J’introduis donc dans Sublutetia 3 deux personnages, Palin et Carson, que j’ai conçus comme s’ils s’étaient précisément échappés d’un sketch des Monty Pythons. Le nom « Palin » est d’ailleurs un clin d’oeil à Michael Palin, l’un des Pythons – même si je me suis inspiré de son ancien comparse John Cleese pour son apparence physique. Et histoire de faire simple, le personnage de Carson est quant à lui calqué physiquement sur Terry Jones. C’est à ces trois olibrius que se destine la deuxième dédicace du livre.

Le risque, évidemment, c’est de tomber dans une certaine surcaractérisation, dans une imagerie qui frôle le cliché. Maintenant que j’ai pu relire le roman avec du recul, je crois que Sublutetia 3 est réellement comme je le souhaitais : c’est bien mon Angleterre, à demi-réelle et à demi-fantasmée, celle qui me fait rêver depuis que je connais l’existence de Sherlock Holmes et Graham Chapman.

Ce que j’ai toujours trouvé troublant avec le bon humour anglais, c’est que son absurdité finit par induire une espèce d’étrangeté, et peut même dans une certaine mesure, se révéler inquiétant. C’est un humour qui entretient une connivence réelle avec le fantastique, là où l’humour à la française, aussi fin qu’il puisse être, reste ancré dans le réel. Bref, c’est bien l’humour qu’il fallait à Sublutetia.

Avant de me lancer dans l’écriture de ce dernier tome, j’ai beaucoup lu Mark Twain. Si, en France, on l’associe presque exclusivement à ses deux oeuvres « jeunesse », Les Aventures de Tom Sawyer et Les Aventures d’Huckleberry Finn, les américains, eux, le considèrent (entre autres choses) comme l’un des fondateurs de « l’humour américain ». Il a même légué son nom à un prix très officiel qui récompense les meilleurs humoristes des USA. On retrouve la trace de ces lectures dans Sublutetia 3 : impossible de se défaire si facilement d’une telle influence. L’humour de Mark Twain repose sur l’ironie, l’art de rendre cocasse une situation qui ne l’est pas. De fait, je pense que le ton employé par le narrateur de Sublutetia 3 est plus moqueur que dans les précédents, plus taquin avec les personnages. Entendez : plus drôle. Même si je ne prétends pas que vous allez vous tenir les côtes de rire, bien sûr…

Michael Palin, l’âme d’un coureur d’aventures.

Avant de conclure, encore un petit mot sur Michael Palin. En plus de m’avoir fait beaucoup rire au sein des Monty Pythons et dans Un Poisson nommé Wanda, cet adorable monsieur illustre l’esprit d’aventure que je chéris tant. En marge de sa carrière d’humoriste, il a accompli de nombreux voyages « à l’ancienne », et a, en particulier, tâché de reproduire à l’identique le fameux tour du monde en 80 jours de Jules Verne. Sans avion, donc. Il a depuis sillonné le Sahara, l’Afrique, l’Himalaya, et bien d’autres destinations encore. Arrivé à mon âge, je sais qu’il y a bien peu de chances pour que j’aie, un jour, le courage et la détermination d’entreprendre ne serait-ce qu’un seul de ces périples. Mon admiration pour Mr Palin n’en est que plus grande. Pour ceux qui parlent anglais, un petit détour par son site s’impose. En voilà encore un à qui je n’aurai de cesse que d’avoir serré la main. Patience…

J’ai bien conscience que ce sont plutôt les parents de mes lecteurs que ces derniers qui savoureront la référence, mais avec Sublutetia 3, préparez-vous… for something completely different.

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