Sublutetia 3 : pères et impairs

C’est dans Sublutetia 2 que l’on fait connaissance, en pointillés, du père de Nathan, celui que le premier volume avait laissé tout auréolé de mystère. Un personnage maladroit, fantaisiste, un peu menteur, avec une fâcheuse tendance à fuir les responsabilités ; en un mot, tout l’opposé de son fils. Sublutetia 3 permettra de le connaître davantage, mais sur cela, je ne m’étendrai pas : je me contenterai de vous rappeler la date du 2 octobre.

Quand mon propre père a lu Sublutetia 2, il m’a déclaré, la bouche à l’envers façon Robert de Niro : « C’est un drôle de père, que tu lui as fait, à Nathan !« . Derrière cette phrase, on pouvait sans peine lire « punaise, c’est comme ça que tu me vois ?« . On se met à sa place : je suis son fils, je sors mes premiers romans, il y a un personnage de père dedans… comment ne pas se sentir concerné ? Et pourtant ! Pas une seule seconde je n’ai pensé à mon père en inventant celui de Nathan. Et vous allez comprendre pourquoi.

Les américains ont le génie des expressions concises et efficaces, avec ceci d’embêtant qu’elles perdent de l’impact une fois traduites en français. L’une d’elle est : « the strong, silent type« . En français littéral, cela donnerait « le genre fort et silencieux », ce qui n’est pas totalement satisfaisant. Dans la série TV Les Sopranos, Tony, le héros, se lamente de ce qu’il n’existe plus, à son sens, d’hommes du « strong, silent type » façon Gary Cooper (pour les plus jeunes, un acteur mythique de l’âge d’or d’Hollywood). Le fameux « genre fort et silencieux », c’est cette catégorie d’hommes qui ne se plaignent jamais, restent inébranlables devant l’adversité, et ne se laissent jamais dépasser par les événements. Des durs, oui, mais pas au sens « petite frappe » : des hommes solides, pas complaisants pour deux sous, qui ont à coeur de ne jamais exposer leurs faiblesses.

Gary Cooper, qu'on imagine sans peine "strong" et "silent"

Gary Cooper, qu’on imagine sans peine « strong » et « silent »

Il se trouve que cette expression, elle sied on ne peut mieux à mon propre père. C’est une version française très réussie du « strong, silent type« , ou en tous les cas de l’idée que je m’en fais. Je verrais très bien mon père, transporté au Far-West, faire 50 kilomètres à pieds sous le soleil avec une flèche indienne dans l’épaule, puis rentrer sous la tente du docteur et dire « Vous pourriez m’enlever ça ?« . Et si le docteur lui demandait « Mais vous n’avez pas mal ?« , il répondrait juste « Si.« . Mon père est trop jeune pour avoir joué – pour de bon – aux cow-boys et aux indiens, mais croyez-moi sur parole si je vous dis que l’exemple ci-dessus n’est qu’à peine métaphorique. C’est sans doute un lieu commun, mais je n’ai jamais eu à chercher bien loin pour me construire une image de l’héroïsme : j’avais Gaby-aux-yeux-bleus sous la main. Il avait de qui tenir, d’ailleurs : mon grand-père était de la même trempe, avec la même répugnance à trop s’exposer. Il m’a fallu attendre son décès pour apprendre qu’il avait eu la croix de guerre ; la médaille était rangée dans un bureau, et je ne l’avais jamais entendu la mentionner avant.

Il se trouve que dans Sublutetia 3, on croise un septuagénaire dynamique et courageux qui, pour le coup, présente beaucoup de points communs avec mon père. Mais comme à mon habitude, il ne s’agit pas d’un décalque : ce personnage emprunte à droite et à gauche (et par certains côtés, à moi. Le père, le fils… Je me demande ce que fabrique le Saint-Esprit, dans tout ça !). Toutefois, il correspond bien davantage à l’image de mon propre père que celui de Nathan.

Mon père (en blanc), période "Boarwalk Empire"

Mon père (en blanc), période « Boardwalk Empire »

Oui, et le père de Nathan, alors ? Lui aussi est une mosaïque d’influences et de personnalités. J’avais au départ l’acteur Pierre Richard en tête, pour le côté gaffeur et poltron. Mais bizarrement, j’ai aussi beaucoup puisé dans le souvenir de quelqu’un que j’ai connu, à savoir le père d’un ami. Le monsieur en question était extrêmement athlétique (et doit l’être toujours), avec un visage entre Alain Souchon et Bruce Dern (je vous laisse faire un Google Images pour tenter d’opérer le mélange), mais il avait malgré cela un côté grand échalas qui masquait cette dimension sportive. C’était un monsieur enthousiaste, toujours réjoui, très fantasque, qui multipliait les petits boulots pour se consacrer à des passions (encore) moins lucratives comme le théâtre. Accessoirement, c’est à lui que je dois la découverte de l’album Fun House des Stooges, et je ne le remercierai jamais assez pour cela. Je crois que le côté « débrouille » du père de Nathan lui doit pas mal.

Au fait… Plus qu’une semaine, vous savez ?

 

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