Trains

J’ai aimé les gares avant d’aimer les trains. A l’époque où mes parents et moi ne voyagions qu’en voiture (et toujours aux mêmes endroits), les gares, et la gare de Lyon en particulier, étaient indissociables de cette famille de province – éparpillée entre la Drôme et la Bourgogne – qui venait nous rendre visite à Paris. Le reste de l’année, je n’avais que rarement l’occasion de voir ces cousins, ces oncles et tantes, et je me rappelle sans mal mon excitation en les attendant sur le quai. L’effervescence des gares n’a rien à voir avec celle des aéroports et de leur milliard de corvées. Tout y est à échelle humaine et intemporel. Un pas en dehors de la gare et l’on est en pleine ville, pas dans une zone déserte dont il est impossible de s’échapper par ses propres moyens.

Ce n’est que plus âgé que les trains eux-mêmes ont commencé à m’intéresser. Pas tous, d’ailleurs : le TGV m’ennuie profondément. Le TGV, c’est un avion qui n’aurait pas réussi à se laisser pousser des ailes. Je n’aime ni son odeur, ni sa forme, ni les tristes voies qui ont été creusées pour lui. Bien sûr, il est rapide, et climatisé. Mais ce n’est pas du tout l’idée que je me fais d’un voyage en train. Sans même rêver à l’Orient Express, je lui préfère mille fois ces petits trains qui nous amènent dans des villes dont on ne soupçonnait pas l’existence (à plus forte raison parce que je suis nul en géographie), et qui ont su préserver la beauté des compartiments. On va vite, mais pas trop ; bref, on a vraiment l’impression de voyager, et pas seulement d’être mené d’un point A à un point B. Bien sûr, il y a toujours la crainte de voir débarquer une horde de gueulards ivres morts (ou un nouveau né affamé), l’angoisse que son voisin ne se mette à peler une orange ou manger un oeuf dur… Toutefois, l’impression de se lancer dans un inconnu familier, de se laisser bercer vers sa destination, elle, ne change jamais. Quel bonheur !

Aujourd’hui que mon activité d’auteur m’amène à beaucoup fréquenter la province, je me réjouis de ces voyages en train de quelques heures, riches en lecture et en rêvasseries, le nez collé à la vitre. Et même s’il y faisait atrocement chaud, que j’y avais dormi enroulé sur mon portefeuille et tous mes biens biens précieux, quel beau souvenir que ce Paris-Rome interminable ! Un jour, j’en suis sûr, j’écrirai quelque chose à propos des trains. D’ici là, j’espère avoir l’occasion de le prendre encore et encore.

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