Uchronie et anachronismes

J’ai pensé Elyssa de Carthage (dont le titre pourrait d’ailleurs changer d’ici parution), mon prochain roman, comme une uchronie. Toutefois, si l’on veut être très précis, il ne s’agit pas tout à fait de ça ; de même qu’il y avait débat sur la nature intrinsèquement « steampunk » de Sublutetia, il est bien possible qu’Elyssa de Carthage ne soit pas totalement « uchronique ». Allez, c’est parti pour une de ces séances de « coupage de cheveux en quatre » dont on a le secret par ici.

Une uchronie, classiquement, est une fiction prenant pour cadre une période historique connue, dans laquelle intervient une « singularité ». Cette singularité est un événement qui fait emprunter à l’Histoire un chemin différent ; elle peut intervenir durant le déroulement, ou même être le point de départ de la fiction. Un exemple typique, c’est Le Maitre du haut château de Philip K. Dick (d’ailleurs, ne le répétez à personne, mais à l’exception de ce livre, Dick m’a toujours ennuyé comme pas permis) : le roman part du postulat que les forces de l’Axe ont gagné la seconde guerre mondiale, et imagine le monde tel qu’il serait alors. Une Amérique occupée pour moitié par les Allemands, pour moitié par les Japonais, etc. Il ne s’agit donc pas d’un anachronisme, mais plutôt de l’évocation d’un univers parallèle.

Elyssa de Carthage possède, également, une « singularité ». Toutefois, à la différence de l’uchronie stricto sensu, cette singularité ne donne pas lieu à une réécriture de l’Histoire officielle. Mon credo, c’est plutôt d’imaginer un détail de notre Histoire qui n’aurait jamais été raconté. Evidemment, on peut partir du principe que c’est le cas d’absolument toutes les fictions historiques. Même s’il a bien existé un d’Artagnan, par exemple, l’histoire des trois mousquetaires est largement sortie de l’imagination de Dumas. Et on ne va quand même pas se mettre à parler d’uchronie pour une affaire de ferrets volés !
Pourtant, cette précaution étant prise, je continue à penser qu’Elyssa de Carthage tient davantage de l’uchronie que de la fiction historique classique. Parce que si l’on revient au final sur les rails de l’Histoire officielle, la « singularité » existe bel et bien et nous éjecte de la réalité connue pendant une bonne partie du livre. Il ne s’agit pas seulement d’inventer des personnages, mais de proposer quelque chose d’a priori impossible, qui aurait pu changer l’Histoire. Une potentialité.

Reste à savoir si ce « quelque chose » n’est pas, purement et simplement, un anachronisme. Mais ce qu’il y a de beau, avec la science-fiction, c’est que les anachronismes n’existent plus dès lors que l’on fait bien comprendre au lecteur… qu’ils sont là à dessein. Si je mets un téléphone dans la main d’un personnage du XVIIIème siècle, et qu’il apparait clairement que je ne sais pas quand le téléphone a été inventé, c’est un anachronisme ; mais si je précise que ce téléphone a été développé par un savant très en avance sur son temps, 80 ans avant Graham Bell, alors, tout se passe bien. Et on met un pied (ou du moins quelques orteils) dans l’uchronie. Comme vous le verrez dans un an, c’est exactement ce qui se passe avec Elyssa de Carthage.

La série TV Rome avait réussi un coup de maître : mélanger la petite Histoire (celle de deux soldats quasi-anonymes) à la grande. Les destins se croisent, s’entremêlent, mais on ne prend pas de liberté avec le réel. La théorie sur la naissance de Césarion vaut ce qu’elle vaut, mais elle ne met pas en cause, profondément, l’histoire telle qu’on la connait. Dans Elyssa de Carthage, on est aux portes d’un univers parallèle. On fait un pas à l’intérieur, deux, même, mais la plupart du temps, on tâche de rester à sa frontière.

Je ne sais pas s’il y a un nom pour cela. Une quasi-uchronie ? Allez, j’ai un an pour y penser. Entre autres choses !

2 réflexions au sujet de « Uchronie et anachronismes »

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